Que dit la Bible sur le divorce et le remariage ?
La question de ce que la Bible dit sur le divorce et le remariage mérite une réponse franche avant toute nuance : Dieu n'a pas conçu le mariage pour être rompu. Jésus le dit sans détour, en citant la Genèse — « Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas » (Mt 19:6). Le divorce n'est jamais présenté dans les Écritures comme une bonne chose, ni comme un choix neutre. Et pourtant la Bible n'est pas silencieuse sur les situations où il survient, et elle parle de ces situations avec une franchise qui ne laisse ni la légèreté ni la cruauté s'installer confortablement.
La vision originelle : un seul corps, pour toujours
Pour comprendre ce que dit la Bible sur le divorce, il faut partir de ce qu'elle dit sur le mariage. Au commencement, Dieu crée l'homme et la femme et les unit de manière à ce qu'ils forment « une seule chair » (Gn 2:24). Cette image n'est pas poétique au sens décoratif du terme — elle décrit une réalité ontologique, une union de la personne entière. Lorsque Jésus cite ce texte en Matthieu 19, il souligne que ce n'est pas la loi de Moïse qui a instauré le mariage, mais Dieu lui-même « dès le commencement ». Le mariage porte en lui quelque chose de l'image de Dieu : une alliance fidèle et indissoluble, à l'image de l'alliance entre YHWH et Israël, que les prophètes décrivent précisément comme un lien conjugal (Os 2:19-20 ; Ez 16).
C'est pourquoi Malachie rapporte cette parole de Dieu : « Je hais la répudiation » (Ml 2:16). Dieu n'est pas indifférent à ce qui brise l'alliance. Cette déclaration n'est pas un règlement bureaucratique — c'est l'expression d'un deuil divin devant la trahison de quelque chose de sacré.
Ce que Jésus dit : Moïse, l'exception et la dureté du cœur
Les pharisiens posent à Jésus une question sur le divorce (Mt 19:3-9 ; Mc 10:2-12), et sa réponse est décisive. Il rappelle l'intention originelle de Dieu, puis explique que Moïse avait « permis » le divorce « à cause de la dureté de vos cœurs ». Ce n'était pas une approbation divine — c'était une accommodation à la réalité du péché humain, une barrière minimale pour protéger des femmes vulnérables dans une culture où elles pouvaient être renvoyées sans recours.
Ensuite vient la déclaration centrale : « Je vous dis que quiconque renvoie sa femme, sauf pour cause d'infidélité, et en épouse une autre, commet un adultère » (Mt 19:9). Cette clause d'exception — traduite en grec par porneia, terme qui désigne l'infidélité sexuelle dans son sens le plus large — est au cœur de siècles de débat théologique. Les parallèles dans Marc et Luc ne mentionnent pas cette exception, ce qui a conduit certains commentateurs à y voir une précision contextuelle ajoutée par Matthieu plutôt qu'une vraie différence d'enseignement. La majorité des interprètes évangéliques reconnaissent cependant que l'exception existe et qu'elle ouvre la possibilité du divorce — et potentiellement du remariage — dans le cas d'infidélité conjugale.
Il est important de noter que Jésus ne dit pas que le divorce est obligatoire en cas d'infidélité. La grâce, la repentance et la réconciliation restent toujours une voie possible. L'exception délimite une permission, non une injonction.
Ce que Paul ajoute : l'abandon par un incroyant
Paul, écrivant aux Corinthiens, fait face à une situation que Jésus n'avait pas directement traitée : que faire lorsqu'un conjoint non croyant choisit de partir ? Sa réponse ouvre ce que les théologiens appellent le « privilège paulinien » : « Si l'incrédule veut se séparer, qu'il se sépare : le frère ou la sœur n'est pas lié en pareil cas » (1 Co 7:15). L'expression « n'est pas lié » — ou dedoulôtai en grec — est forte. Elle indique une libération du lien matrimonial. La plupart des interprètes réformés y voient une permission non seulement du divorce mais aussi du remariage.
Paul précise aussi ailleurs sa vision générale : le remariage est permis après la mort du conjoint (Rm 7:2-3 ; 1 Co 7:39). La mort rompt définitivement le lien, et le survivant est libre de se remarier « dans le Seigneur ». Cela confirme que l'indissolubilité n'est pas absolue dans tous les cas — elle est liée à la vie des deux conjoints.
Une zone de tension honnête : les positions en présence
Il serait malhonnête de prétendre que l'Église a toujours parlé d'une seule voix sur ce sujet. Trois positions principales coexistent parmi des chrétiens sérieux :
- L'indissolubilisme (position catholique romaine traditionnelle) : le mariage sacramentellement valide est totalement indissoluble. Le divorce civil peut exister pour des raisons légales, mais il ne rompt pas le lien devant Dieu. Le remariage est donc exclu tant que le premier conjoint vit.
- La position des deux exceptions (majorité évangélique et réformée) : la porneia de Matthieu et l'abandon de 1 Corinthiens 7 permettent à la fois le divorce et le remariage. Le péché du conjoint défaillant libère l'innocent.
- La position restrictive (certains courants anabaptistes et évangéliques conservateurs) : le divorce peut être toléré dans les cas extrêmes pour protéger une victime, mais le remariage reste fermé tant que le premier conjoint vit, car le texte de Marc ne mentionne pas d'exception.
La lecture évangélique-réformée, qui reconnaît les deux exceptions tout en maintenant la gravité absolue de la rupture du mariage, semble le mieux rendre compte de l'ensemble du canon. Elle refuse à la fois le laxisme (« le divorce pour n'importe quelle raison », position que Jésus condamne explicitement) et le rigorisme qui transformerait l'Évangile en instrument de condamnation perpétuelle.
L'Église face aux situations concrètes
La théologie correcte doit se traduire en sagesse pastorale. Il faut distinguer plusieurs situations qui ne méritent pas le même traitement : celui qui divorce sans raison légitime et se remarie ; celui qui a été abandonné ou trompé et cherche à reconstruire sa vie ; celui qui, avant sa conversion, a vécu plusieurs mariages et vient maintenant à Christ. Paul écrit que si quelqu'un est « en Christ, il est une nouvelle créature » (2 Co 5:17). Le passé prédémission n'a pas les mêmes implications que la conduite postérieure à l'entrée dans la foi.
L'Église est appelée à tenir ensemble deux réalités : l'intégrité de la norme — le mariage est une alliance sacrée que nous ne dissolvons pas facilement — et la grâce pour ceux qui vivent dans les conséquences d'un échec, qu'il soit le leur ou celui d'un autre. Jésus, qui est venu pour les blessés et les brisés (Lc 4:18), n'a jamais utilisé la loi comme une matraque supplémentaire pour écraser ceux qui étaient déjà à terre. La femme samaritaine avait eu cinq maris (Jn 4:18), et c'est précisément à elle que Jésus révèle le plus clairement son identité de Messie.
La norme est haute — et elle le restera, parce qu'elle reflète quelque chose de réel sur Dieu et sur l'amour. Mais la grâce est plus haute encore. Ceux qui portent la douleur d'un mariage brisé ne portent pas ce poids seuls : ils marchent avec un Seigneur qui connaît l'abandon, la trahison, et qui, malgré tout, ne rompt jamais son alliance.
Références bibliques clés
Gn 2:24 · Ml 2:16 · Mt 19:3-9 · Mc 10:2-12 · 1 Co 7:10-16 · 1 Co 7:39 · Rm 7:2-3 · Jn 4:18
Questions fréquentes
Le divorce est-il un péché impardonnable ?
Non. Le divorce n'est pas classé parmi les péchés irrémissibles dans les Écritures. Dieu lui-même a vu Israël rompre l'alliance à maintes reprises et a continué à offrir la réconciliation. Si le divorce est survenu dans un contexte de péché (abandon, infidélité de sa part), la personne innocente n'est pas coupable de la rupture. Si la rupture était injuste, la repentance sincère est toujours possible et la grâce de Dieu couvre aussi ce péché-là, comme tous les autres (1 Jn 1:9).
Peut-on se remarier après un divorce selon la Bible ?
La Bible reconnaît deux situations où le remariage semble permis : lorsque le mariage a été rompu par l'infidélité du conjoint (Mt 19:9, clause d'exception) et lorsqu'un conjoint non croyant abandonne le croyant (1 Co 7:15). Dans les deux cas, la partie non fautive ou abandonnée n'est plus « liée ». Le remariage est aussi clairement autorisé après le décès du conjoint (1 Co 7:39). En dehors de ces cas, le remariage est décrit comme adultère par Jésus lui-même.
Que dit la Bible sur le divorce pour violences conjugales ?
La Bible ne mentionne pas explicitement la violence comme motif de divorce. Cependant, l'obligation de protéger sa vie et celle de ses enfants s'enracine profondément dans la dignité de la personne créée à l'image de Dieu (Gn 1:27). Beaucoup de pasteurs et théologiens évangéliques considèrent que la violence grave constitue une forme de rupture de l'alliance conjugale, analogue à l'abandon de 1 Corinthiens 7. La séparation d'urgence est une mesure de protection légitime ; la question du divorce formel relève d'un accompagnement pastoral attentif.
La clause d'exception de Matthieu 19:9 s'applique-t-elle à toutes les formes d'infidélité ?
Le mot grec porneia utilisé par Jésus en Mt 19:9 est large : il désigne l'immoralité sexuelle en général — adultère, relations sexuelles hors mariage, et selon certains commentateurs, des formes d'infidélité plus larges. La plupart des interprètes évangéliques le comprennent principalement comme l'adultère répété et non repenti. Quelques théologiens ont proposé des extensions (inceste, prostitution), mais la lecture la plus naturelle du contexte — une discussion sur le mariage et la fidélité — pointe vers l'infidélité conjugale.
Comment l'Église doit-elle accueillir des personnes divorcées et remariées ?
Avec grâce et discernement. Paul enseigne qu'en Christ, le passé est couvert (2 Co 5:17), et Jésus lui-même a démontré qu'une vie marquée par des mariages successifs n'est pas un obstacle à la rencontre avec lui (Jn 4:18). L'Église est appelée à distinguer les situations, à accompagner sans condamner inutilement, et à inviter à la repentance là où elle est nécessaire — sans jamais utiliser la vérité comme une arme supplémentaire contre des personnes déjà blessées.