Pourquoi Jésus a-t-il crié : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »
Sur la croix, Jésus criait les mots du Psaume 22 parce qu'il vivait dans sa chair ce que ce psaume décrit dans toute son horreur : l'abandon de Dieu face au jugement que mérite le péché. Ce n'était ni une perte de foi ni un simple effet dramatique. C'était l'expression authentique de la réalité la plus sombre de la rédemption.
Ce que dit l'Écriture
Le récit se trouve dans Mt 27:46 et Mc 15:34. À la neuvième heure — au cœur de l'obscurité qui avait recouvert la terre depuis midi — Jésus cria avec une voix forte : « Eli, Eli, lama sabachthani ? » Ce sont les premiers mots du Ps 22:1, cités par Jésus en araméen. L'évangéliste traduit immédiatement : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? »
Le Psaume 22 est l'un des passages les plus prophétiques de tout l'Ancien Testament. Il décrit un juste qui souffre un supplice que ses contemporains auraient à peine imaginé — mains et pieds percés, vêtements tirés au sort, railleries de la foule (Ps 22:7-8, 16-18). Jésus, en citant l'incipit de ce psaume, invite les oreilles juives à entendre tout le psaume dans ce qu'il accomplit. Le cri d'abandon est aussi le début d'un hymne qui se termine par une glorification universelle (Ps 22:27-31).
Un abandon réel, pas une apparence
Il ne s'agit pas ici d'une illusion ou d'un sentiment subjectif. Dieu ne peut pas abandonner son Fils dans le sens d'une rupture de l'être trinitaire — le Père et le Fils restent Dieu dans leur essence. Mais il y a dans la croix quelque chose de réel et de douloureux : une rupture de communion, un retrait de la présence bienheureuse du Père dans l'expérience du Fils incarné. Jésus portait le péché du monde, et là où le péché est porté dans sa pleine culpabilité, la sainte colère de Dieu est exercée sans atténuation.
Paul l'écrit sans détour : « Celui qui n'a pas connu le péché, il l'a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu » (2 Co 5:21). Et encore : « Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous — car il est écrit : Maudit est quiconque est pendu au bois » (Ga 3:13). Le bois de la croix est le lieu du jugement substitutif. L'abandon que crie Jésus est précisément le jugement que nous méritions — la conséquence ultime du péché, c'est-à-dire la séparation d'avec Dieu.
Ce cri ne trahit pas une perte de foi
Certains s'étonnent : comment le Fils de Dieu peut-il douter ? Mais ce cri n'est pas un doute. Il s'adresse à « Mon Dieu » — deux fois. Même dans l'obscurité absolue, Jésus parle à Dieu en Dieu. Là où le désespoir se tait ou blasphème, lui interpelle. Le lama — « pourquoi ? » — n'est pas une révolte ; c'est la prière de quelqu'un qui ne comprend pas encore dans son expérience sensible ce que la foi maintient.
Les théologiens parlent ici d'une distinction entre la vision béatifique que possède le Christ en tant que Fils éternel, et l'expérience humaine et souffrante que traversait son âme dans l'agonie. L'auteur des Hébreux dit qu'il a « appris l'obéissance par les choses qu'il a souffertes » (Hé 5:8). La souffrance de Jésus n'était pas feinte. L'abandon n'était pas joué. Et c'est précisément pourquoi la rédemption est réelle.
Ce qu'il y a de « non résolu » dans ce mystère
Soyons honnêtes : des chrétiens sérieux ne s'accordent pas sur tous les détails. Certains théologiens luthériens et catholiques insistent davantage sur la dimension mystique et kénotique — Jésus, en s'abaissant à notre condition, a assumé jusque dans son expérience intérieure le sentiment de l'abandon que connaît l'humanité pécheresse. D'autres, dans une ligne réformée plus stricte, mettent l'accent sur la substitution pénale : c'est le jugement de Dieu en tant que Juge saint qui s'abat sur lui. Ces deux lectures ne sont pas incompatibles ; elles éclairent chacune une facette du mystère.
Ce qui unit toutes ces traditions, c'est la conviction que l'abandon du Golgotha n'était pas accidentel — il était au cœur du dessein rédempteur. « Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même » (2 Co 5:19).
Ce que ce cri signifie pour nous
Il y a une grâce étrange dans ce cri. Parce que Jésus a été abandonné, nous ne le serons jamais. Il a dit lui-même : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14:18). Et l'auteur des Hébreux cite expressément la promesse divine : « Je ne te délaisserai point, et je ne t'abandonnerai point » (Hé 13:5) — parole adressée à ceux qui appartiennent au Christ.
Quand vous traversez l'obscurité intérieure — quand la prière semble rebondir contre un plafond de béton, quand Dieu paraît absent, quand la douleur est trop grande pour être expliquée — vous pouvez vous souvenir que le Fils de Dieu a crié ce même sentiment avant vous. Non pour vous dire que tout est illusion, mais pour vous rejoindre au fond du puits. Il connaît l'obscurité de l'intérieur. Et parce qu'il en est sorti vivant, sa promesse tient : il ne vous abandonnera pas.
Le cri du Vendredi saint n'est pas le dernier mot. Le troisième jour, le Psaume 22 arrive à son terme — « Il n'a ni méprisé, ni dédaigné la misère du malheureux... mais il l'a exaucé quand il criait vers lui » (Ps 22:24). La résurrection est la réponse de Dieu au cri de la croix.
Références bibliques clés
Mt 27:46 · Mc 15:34 · Ps 22:1-31 · 2 Co 5:21 · Ga 3:13 · Hé 5:8 · Hé 13:5 · És 59:2
Questions fréquentes
Jésus était-il vraiment abandonné par Dieu sur la croix ?
Oui, dans un sens réel mais précis. La nature trinitaire de Dieu ne se divise pas, mais Jésus portait le péché de l'humanité et subissait le jugement saint qui l'accompagne — une rupture de communion dans son expérience humaine. Paul l'affirme clairement : il « a été fait malédiction pour nous » (Ga 3:13). Cet abandon n'était pas une illusion dramatique, mais la réalité de la substitution pénale au cœur de la croix.
Pourquoi Jésus cite-t-il le Psaume 22 sur la croix ?
En citant les premiers mots du Psaume 22, Jésus signalait à ses auditeurs juifs l'accomplissement de tout ce psaume prophétique : les mains et pieds percés, les vêtements tirés au sort, les moqueries de la foule (Ps 22:7-8, 16-18). Il ne récitait pas un texte ; il vivait ce texte. Le psaume se termine par une glorification universelle, faisant du cri d'abandon le début d'un hymne de triomphe que la résurrection accomplit.
Ce cri signifie-t-il que Jésus a douté de Dieu ?
Non. Le cri s'adresse toujours à « Mon Dieu » — il interpelle, il prie, même dans l'obscurité absolue. Ce n'est pas un abandon de la foi, mais l'expression de la souffrance réelle d'une âme humaine plongée dans le jugement. L'auteur des Hébreux explique que Jésus a « appris l'obéissance par les choses qu'il a souffertes » (Hé 5:8). Sa souffrance était authentique, et c'est précisément pourquoi la rédemption est authentique.
Que signifie ce cri pour quelqu'un qui se sent abandonné de Dieu aujourd'hui ?
Parce que Jésus a subi l'abandon réel que méritait notre péché, il peut promettre sans restriction : « Je ne te délaisserai point, et je ne t'abandonnerai point » (Hé 13:5). Lorsque vous traversez une nuit spirituelle, vous n'êtes pas dans un endroit que Jésus ne connaît pas — il y est allé avant vous, plus profondément. Son cri au Golgotha est la garantie que le vôtre ne restera pas sans réponse.
Pourquoi l'abandon de Jésus était-il nécessaire pour notre salut ?
Le péché entraîne une séparation d'avec Dieu (És 59:2). Pour que cette séparation soit surmontée, quelqu'un devait la porter à notre place. Jésus, en tant que substitut sans péché, a supporté sur lui la pleine conséquence de nos fautes — y compris l'abandon divin. C'est ce que Paul résume ainsi : « Celui qui n'a pas connu le péché, il l'a fait devenir péché pour nous, afin que nous devenions en lui justice de Dieu » (2 Co 5:21).