Blessure

L'analyse théologique du terme biblique Blessure révèle une trame de sens riche et complexe, qui s'étend des récits de souffrance et de jugement de l'Ancien Testament jusqu'au cœur de la rédemption et de la guérison accomplies dans la personne et l'œuvre de Jésus-Christ. Dans une perspective protestante évangélique conservatrice, la notion de Blessure ne se réduit pas à la description d'un dommage physique ou spirituel : elle constitue un point décisif pour comprendre la dépravation humaine, la justice divine et, fondamentalement, la grâce salvatrice manifestée par le sacrifice substitutif du Christ. Cette étude explorera l'évolution, la signification et l'application de la Blessure, en s'appuyant sur l'autorité de l'Écriture et sur la théologie réformée, avec un accent sur la centralité du Christ et sur les doctrines de la sola gratia et de la sola fide.

La Bible, Parole inspirée de Dieu, nous offre le regard à travers lequel nous comprenons la nature de la Blessure dans ses multiples dimensions. Depuis l'Éden, la chute a infligé une profonde Blessure à la création et à l'humanité, avec pour conséquences la douleur, la maladie et la mort. Pourtant, le récit biblique ne s'achève pas sur la condamnation : il désigne un Médecin et la guérison définitive qui viendrait par une Blessure plus grande encore, portée par un Messie souffrant. Cette analyse cherche à déployer ces thèmes et à montrer que la compréhension de la Blessure est indispensable à une théologie solide du salut et de la vie chrétienne.

La rigueur exégétique est essentielle pour discerner les nuances du terme Blessure dans les Écritures. Dans l'Ancien comme dans le Nouveau Testament, plusieurs mots hébreux et grecs contribuent à notre compréhension de cette notion, chacun y ajoutant une couche de profondeur. La théologie réformée, qui insiste sur la souveraineté de Dieu et sur la dépravation totale de l'homme, fournit un cadre solide pour mesurer l'étendue de la Blessure du péché et la suffisance de la Blessure du Christ pour notre rédemption. Ainsi, le terme Blessure devient un point de départ pour méditer sur la nécessité de la grâce et sur la gloire de la croix.

La pertinence de l'étude de la Blessure dépasse le cadre de la théologie académique et touche directement la piété, le culte et le service du croyant. Comprendre la profondeur de notre propre Blessure spirituelle et la grandeur de la Blessure du Christ à la croix doit produire en nous l'humilité, la reconnaissance et un ardent désir de vivre pour la gloire de Dieu. L'Église, corps du Christ, est appelée à être un lieu de guérison pour ceux qui sont blessés et le héraut du message d'espérance qui jaillit de la Blessure rédemptrice du Seigneur Jésus. Que cette analyse approfondie enrichisse la foi et l'intelligence de tous ceux qui cherchent la vérité dans les Écritures.

1. Étymologie et racines de la notion de blessure dans l'Ancien Testament

Dans l'Ancien Testament, la notion de Blessure s'exprime par plusieurs mots hébreux qui désignent non seulement un dommage physique, mais aussi une affliction spirituelle, morale et sociale. Comprendre ces racines étymologiques est capital pour saisir l'ampleur du terme et son développement théologique. Parmi les mots les plus importants, on trouve peṣaʿ (פֶּצַע), qui désigne une meurtrissure ou une entaille et sert souvent à décrire des lésions corporelles, comme en Ésaïe 1.6, où la nation d'Israël est dépeinte comme n'étant que « Blessures, contusions et plaies vives ». Ce passage illustre l'état d'Israël comme celui d'un corps malade, blessé spirituellement et moralement par le péché.

Un autre mot important est makkah (מַכָּה), qui signifie un coup, un fléau ou une Blessure, souvent avec la nuance d'une affliction infligée par Dieu. En Deutéronome 28.27 et 35, makkah sert à décrire les fléaux et les ulcères qui frapperaient le peuple en conséquence de sa désobéissance à la Loi de Dieu, ce qui montre la Blessure comme un instrument du jugement divin. Par ailleurs, ḥabburah (חַבּוּרָה) désigne une meurtrissure ou une marque de coups, résultant d'une bastonnade ; ce mot est employé de façon remarquable en Ésaïe 53.5, dans la prophétie messianique, qui affirme que « c'est par ses Meurtrissures (ḥabburah) que nous sommes guéris », annonçant ainsi la souffrance substitutive du Serviteur de l'Éternel.

Le terme daqa' (דַּקָּא), bien qu'il ne soit pas directement traduit par Blessure, signifie « écraser » ou « broyer », et il est employé en Ésaïe 53.5 (« brisé [daqa'] pour nos iniquités »), soulignant l'intensité des souffrances du Messie. Les contextes dans lesquels ces mots apparaissent dans l'Ancien Testament couvrent des domaines variés. Dans les récits, on rencontre des Blessures causées par des conflits (comme les Blessures de Saül et de David au combat), par des accidents ou par la violence entre personnes (comme la Blessure mortelle infligée par Caïn à Abel en Genèse 4.8, et la vantardise de Lémec en Genèse 4.23 au sujet de sa propre Blessure et de sa meurtrissure). La Loi de Moïse traite de la réparation des Blessures infligées (Exode 21.23-25) et des lois de pureté concernant les plaies et les ulcères (Lévitique 13-14), ce qui montre un souci de l'intégrité physique et de la santé de la communauté.

Dans les livres prophétiques, la Blessure prend une dimension spirituelle et nationale. Les prophètes décrivent fréquemment la nation d'Israël comme spirituellement blessée à cause de son idolâtrie et de sa désobéissance envers l'Éternel. Jérémie 8.21-22 se lamente sur la « Blessure » du peuple et demande s'il n'y a point de baume en Galaad pour la guérir. Ce langage métaphorique souligne la profondeur de l'apostasie et la souffrance qu'elle entraîne. Cependant, le sommet de la révélation sur la Blessure dans l'Ancien Testament est la prophétie du Serviteur souffrant en Ésaïe 53, où la Blessure est directement liée à l'expiation des péchés du peuple. Le Serviteur de Dieu porterait des Blessures et des souffrances pour apporter guérison et rédemption, révélation progressive qui annonce la venue du Messie.

La littérature de sagesse aborde elle aussi la Blessure, en l'associant souvent aux conséquences de la folie et du péché. Proverbes 23.29 demande : « Pour qui les ah ? pour qui les hélas ? pour qui les disputes ? pour qui les plaintes ? pour qui les Blessures sans raison ? pour qui les yeux rouges ? », et répond qu'elles sont pour ceux qui s'attardent auprès du vin et recherchent le vin mêlé. Ici, la Blessure est le résultat direct d'une mauvaise conduite et d'un manque de sagesse. La pensée hébraïque comprend donc la Blessure comme le signe que quelque chose va fondamentalement mal (dans le corps, dans la nation ou dans l'âme), et elle désigne souvent la nécessité d'une intervention divine ou d'un changement de direction.

2. La blessure dans le Nouveau Testament et sa signification

Dans le Nouveau Testament, la compréhension de la Blessure s'approfondit et se concentre de manière saisissante sur la personne et l'œuvre de Jésus-Christ. Même si le mot « Blessure » n'y apparaît pas toujours avec la même fréquence ni la même variété que dans l'Ancien Testament, les notions de souffrance, de coup et de châtiment, qui produisent des Blessures, sont absolument décisives pour la sotériologie chrétienne. Le mot grec le plus courant pour la Blessure ou le coup est plēgē (πληγή), qui peut signifier un coup, un fléau ou une Blessure ; il est employé en Luc 12.48 pour décrire les coups infligés au serviteur négligent, et abondamment dans le livre de l'Apocalypse pour désigner les fléaux divins. Un autre mot, trauma (τραῦμα), d'où vient notre terme « traumatisme », est employé en Luc 10.34 dans la parabole du bon Samaritain, où l'homme est trouvé « à demi mort » avec ses Blessures, ayant besoin de soins et de guérison.

Cependant, le mot dont la résonance théologique est la plus forte est mōlōps (μώλωψ), qui désigne une meurtrissure, une enflure ou une marque de coups. Ce mot a une importance capitale en 1 Pierre 2.24, où l'apôtre Pierre cite Ésaïe 53.5 en affirmant que Jésus « a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice ; lui par les Meurtrissures (mōlōps) duquel vous avez été guéris ». Le lien direct entre les Blessures du Christ et notre salut et notre guérison y est établi de façon explicite. Au sens littéral, la Blessure dans le Nouveau Testament recouvre les lésions physiques infligées à Jésus au cours de sa passion : la flagellation (Matthieu 27.26), la couronne d'épines (Marc 15.17), les clous dans ses mains et ses pieds (Jean 20.25) et la lance qui lui perça le côté (Jean 19.34). Ce ne sont pas de simples descriptions de souffrance : ce sont les témoignages visibles du sacrifice substitutif du Christ.

Dans les Évangiles, les Blessures du Christ représentent le sommet de l'accomplissement prophétique de l'Ancien Testament. Le récit de la crucifixion ne dissimule pas la brutalité des Blessures infligées au Sauveur. Après la résurrection, les Blessures de Jésus, en particulier la marque des clous et la plaie de son côté, servent de preuve irréfutable de son identité et de sa résurrection, comme le montre l'expérience de Thomas en Jean 20.25-27. Les Blessures du Christ n'ont donc pas été effacées dans sa glorification : elles sont demeurées comme des témoignages éternels de son œuvre rédemptrice, mémorial visible de son amour et de son sacrifice.

Dans les épîtres, l'accent porte sur la puissance rédemptrice des Blessures du Christ. Comme nous l'avons dit, 1 Pierre 2.24 est l'un des passages les plus clairs. Paul, dans ses lettres, sans employer le mot « Blessure » de façon aussi explicite pour décrire l'acte du salut, renvoie sans cesse à la croix, au corps sacrifié du Christ et au sang répandu comme fondement de notre rédemption (Romains 5.8-9 ; Éphésiens 2.16 ; Colossiens 1.20). La croix est le lieu où le Christ, dans son corps blessé, a porté la colère de Dieu contre le péché, devenant ainsi la propitiation pour nos péchés. Les Blessures du Christ sont, sur le plan théologique, la manifestation physique du jugement divin qu'il a porté à notre place.

La littérature johannique, en particulier le livre de l'Apocalypse, évoque elle aussi les Blessures du Christ de manière symbolique et glorieuse. Jésus y est décrit comme « un agneau qui était là comme immolé » (Apocalypse 5.6), portant encore les marques visibles de sa passion, mais désormais dans la gloire. Cette image renforce l'idée que ses Blessures sont éternelles, non comme un rappel de la douleur, mais comme le signe de sa victoire sur le péché et sur la mort. Il existe une continuité claire entre l'Ancien et le Nouveau Testament au sujet de la Blessure. L'Ancien Testament pose le problème de la Blessure du péché et annonce un Rédempteur qui serait blessé. Le Nouveau Testament révèle une discontinuité, en ce sens que la Blessure du Christ n'est pas seulement une manifestation de la souffrance humaine, mais la seule Blessure capable de guérir la Blessure universelle du péché, changeant la malédiction en bénédiction et la souffrance en salut.

3. La blessure dans la théologie paulinienne : le fondement du salut

La théologie paulinienne, sans faire du mot « Blessure » un terme technique central du salut, fonde toute sa doctrine sotériologique sur la réalité des souffrances et de la mort de Jésus-Christ, qui ont nécessairement comporté des Blessures physiques et spirituelles. Pour Paul, la croix du Christ est le point focal de l'histoire de la rédemption, et c'est là que les Blessures du Christ deviennent le moyen par lequel la justice de Dieu a été satisfaite et le salut acquis pour l'humanité. Les épîtres pauliniennes, en particulier Romains, Galates et Éphésiens, montrent en détail comment le corps blessé du Christ sur la croix constitue le fondement de notre justification, de notre rédemption et de notre réconciliation avec Dieu.

Dans l'ordo salutis (ordre du salut), l'œuvre du Christ à la croix, avec ses Blessures et l'effusion de son sang, est l'événement objectif qui rend le salut possible. Paul explique en Romains 3.25 que Dieu l'« a destiné à être, par son sang, pour ceux qui croiraient victime propitiatoire », ce qui implique le sacrifice et une mort violente accompagnée de Blessures. La propitiation désigne la satisfaction de la colère de Dieu contre le péché, et cette satisfaction a été obtenue par le corps blessé du Christ. En Romains 5.8-9, Paul déclare que « lorsque nous étions encore des pécheurs, Christ est mort pour nous », et que « à plus forte raison donc, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère ». Le « sang » est ici une métonymie de la mort sacrificielle du Christ, qui a comporté les Blessures de la crucifixion.

La doctrine de la justification, centrale chez Paul, est inséparable de l'œuvre du Christ à la croix. Nous sommes justifiés par la foi, et non par les œuvres de la Loi (Romains 3.28 ; Galates 2.16). Cette justification est un acte judiciaire de Dieu qui nous déclare justes sur la base de la parfaite justice du Christ qui nous est imputée, et du paiement de nos péchés accompli par ses Blessures. Notre Blessure du péché, qui nous rendait coupables devant un Dieu saint, a été couverte par la Blessure sacrificielle du Christ. Calvin, dans sa théologie, a souligné la nécessité de la satisfaction substitutive du Christ, qui a porté le châtiment qui nous était dû, y compris les Blessures physiques et la souffrance spirituelle de la séparation d'avec Dieu.

La rédemption est elle aussi un thème majeur de la théologie paulinienne, intimement lié aux Blessures du Christ. Nous avons été rachetés à un grand prix (1 Corinthiens 6.20 ; 7.23), et ce prix est le sang du Christ, répandu dans sa mort sur la croix. Les Blessures du Christ sont la preuve tangible de ce prix payé. Nous ne sommes pas rachetés par un mérite humain ni par les œuvres de la Loi, mais par l'œuvre complète et suffisante du Christ. La réconciliation avec Dieu, dont nous étions les ennemis à cause de nos péchés, est obtenue par la mort du Christ (Romains 5.10 ; 2 Corinthiens 5.18-19). Le corps blessé du Seigneur Jésus sur la croix a aboli l'inimitié et rétabli la communion.

En Colossiens 1.21-22, Paul écrit : « Et vous, qui étiez autrefois étrangers et ennemis par vos pensées et par vos mauvaises œuvres, il vous a maintenant réconciliés par sa mort dans le corps de sa chair, pour vous faire paraître devant lui saints, irrépréhensibles et sans reproche. » L'expression « par sa mort dans le corps de sa chair » renvoie directement aux souffrances physiques et aux Blessures du Christ. La sanctification, processus par lequel nous sommes rendus conformes à l'image du Christ, et la glorification, accomplissement final du salut, trouvent elles aussi leur racine dans l'union avec le Christ dans sa mort et sa résurrection. Paul enseigne que nous avons été baptisés en la mort du Christ (Romains 6.3-5), morts au péché avec lui et ressuscités pour une vie nouvelle. Cette mort a comporté ses Blessures, et notre identification avec lui signifie que notre vieille nature, marquée par la Blessure du péché, a été crucifiée avec lui.

La théologie paulinienne oppose à maintes reprises le salut par la Blessure du Christ à la vanité des œuvres de la Loi et du mérite humain. Aucun effort humain, si grand soit-il, ne peut guérir la profonde Blessure du péché originel et de la dépravation totale. Seule l'œuvre parfaite et complète du Christ, manifestée dans ses Blessures et dans sa mort, peut opérer le salut. Luther, en proclamant la sola fide, a souligné que la foi qui sauve repose uniquement sur les mérites du Christ, sur ce qu'il a fait pour nous à la croix en portant le châtiment et les Blessures qui nous revenaient de droit. Ainsi, même si le terme « Blessure » n'appartient pas au vocabulaire principal de Paul, la réalité qu'il désigne (les souffrances sacrificielles du Christ) est le fondement même du salut qu'il a prêché avec tant de ferveur.

4. Aspects et types de blessure

Dans la théologie évangélique, la notion de Blessure ne se limite pas à une seule manifestation : elle englobe plusieurs facettes qui révèlent la complexité de la souffrance et de la rédemption. On peut distinguer les Blessures physiques, spirituelles, émotionnelles et même ecclésiales, chacune avec ses implications théologiques. Les Blessures physiques sont les plus littérales ; les plaies du Christ à la croix en sont l'exemple, elles qui représentent le sommet de la souffrance rédemptrice. Mais elles se manifestent aussi dans les maladies, les accidents et les persécutions que les croyants peuvent subir, comme Paul le mentionne en 2 Corinthiens 11.23-27, où il énumère ses propres Blessures et souffrances physiques endurées pour l'Évangile.

La Blessure spirituelle est la plus profonde et la plus universelle : elle désigne la dépravation totale de l'humanité qui découle du péché originel (Romains 3.23). Cette Blessure nous sépare de Dieu et fait de nous des morts spirituels (Éphésiens 2.1). C'est une Blessure qu'aucune œuvre humaine ne peut guérir et qui exige l'intervention souveraine et gracieuse de Dieu par le Christ. La théologie réformée souligne l'étendue de cette Blessure, en affirmant que le péché a atteint toutes les facultés de l'être humain (l'intelligence, la volonté et les émotions), le rendant incapable de chercher Dieu par lui-même. C'est cette Blessure que les Blessures du Christ sont venues guérir.

Les Blessures émotionnelles et psychologiques, même si la Bible ne les décrit pas explicitement avec le terme « Blessure », sont reconnues comme faisant partie de la souffrance humaine dans un monde déchu. Les traumatismes, le deuil, la dépression et l'anxiété sont des réalités qui affligent les croyants, et la foi chrétienne offre consolation et espérance par le Christ, « homme de douleur et habitué à la souffrance » (Ésaïe 53.3). L'œuvre du Saint-Esprit est essentielle à la guérison de ces Blessures, rendant le croyant capable de trouver la paix et la restauration en Dieu (Philippiens 4.6-7). Enfin, il existe des Blessures ecclésiales : les divisions, les hérésies, les scandales et les conflits qui affligent le corps du Christ (1 Corinthiens 1.10-13). Ces Blessures compromettent le témoignage de l'Église et appellent la repentance, le pardon et la réconciliation.

Parmi les distinctions théologiques pertinentes figure celle entre la Blessure du péché originel et la Blessure du Christ. La première est notre condition de brisement et de séparation d'avec Dieu ; la seconde est la solution divine à ce brisement. La théologie réformée, à la suite d'Augustin et de Calvin, maintient la doctrine du péché originel, en soulignant que tous naissent avec une profonde Blessure spirituelle qui les rend coupables et incapables de plaire à Dieu. Les Blessures du Christ, en revanche, sont uniques par leur caractère rédempteur et expiatoire. Elles ne résultent pas d'un péché qui lui serait propre, mais ont été portées à notre place pour notre salut. Spurgeon a souvent prêché sur la profondeur de la Blessure du péché et sur la suffisance de la Blessure du Christ, exhortant les pécheurs à regarder au Sauveur crucifié.

L'histoire de la théologie réformée, depuis les Réformateurs, n'a cessé d'affirmer la nécessité absolue de l'œuvre du Christ à la croix pour la guérison de la Blessure du péché. Luther, dans sa théologie de la croix, a souligné que la vraie théologie ne s'apprend pas dans la gloire, mais dans l'humiliation et les souffrances du Christ. Parmi les erreurs doctrinales à éviter figurent le pélagianisme et le semi-pélagianisme, qui minimisent la profondeur de la Blessure du péché originel en suggérant que l'être humain possède la capacité innée d'amorcer son propre salut. Cette conception sous-estime la nécessité et l'efficacité des Blessures du Christ.

Une autre erreur est l'antinomisme, qui peut d'un côté déformer la grâce en laissant croire que les Blessures du Christ nous libèrent de toute obligation morale ; de l'autre côté se trouve le légalisme, qui cherche à ajouter des œuvres humaines à la suffisance des Blessures du Christ pour le salut. Les deux s'écartent de l'équilibre biblique. La théologie réformée, par son insistance sur la souveraineté de Dieu et sur la grâce irrésistible, protège contre ces extrêmes, en affirmant que la Blessure du péché est si profonde que seule la Blessure d'un Sauveur à la fois Dieu et homme peut procurer une guérison complète et éternelle. La guérison qu'apportent les Blessures du Christ est une guérison totale : le pardon du péché, la régénération du cœur et la promesse d'un corps glorifié.

5. La blessure et la vie pratique du croyant

La compréhension théologique de la Blessure dépasse le domaine doctrinal et imprègne la vie pratique du croyant, façonnant sa piété, son culte et son service. Reconnaître la profondeur de notre propre Blessure spirituelle, issue du péché, et la grandeur des Blessures du Christ à la croix doit produire en nous une profonde humilité et une reconnaissance incessante. En Éphésiens 2.8-9, Paul nous rappelle que « c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie ». Cette vérité exclut toute justification de soi et nous conduit à une dépendance totale envers le sacrifice du Christ blessé.

La foi en l'efficacité des Blessures du Christ n'annule pas la responsabilité personnelle : elle la fonde. Sauvés par grâce, nous sommes appelés à l'obéissance et à la sanctification (Romains 6.1-2). La vie chrétienne est un processus de conformité à l'image du Christ, dans lequel nous cherchons à ne pas nous infliger, à nous-mêmes ni aux autres, de nouvelles Blessures par le péché. L'apôtre Paul exhorte les croyants : « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l'intelligence » (Romains 12.2). Cela suppose une vigilance constante face aux tentations qui pourraient nous entraîner dans le péché et nous blesser de nouveau, et blesser aussi le corps du Christ.

La piété du croyant est profondément façonnée par la méditation des Blessures du Christ. La prière, la lecture de la Parole et la communion avec Dieu s'enrichissent lorsque nous nous souvenons du prix payé pour notre rédemption. Comme l'a dit le Dr Martyn Lloyd-Jones, la vraie piété n'est pas une quête de sentiments, mais l'application de la vérité de l'Évangile au cœur et à l'intelligence. Le culte chrétien, de son côté, doit être centré sur le Christ et glorifier celui qui, par ses Blessures, nous a donné la vie. Les hymnes, les cantiques et les prédications doivent orienter vers la croix et le tombeau vide, en célébrant la victoire qui jaillit des souffrances du Sauveur.

Dans le service, le croyant est appelé à être un agent de guérison dans un monde blessé. De même que le bon Samaritain a pris soin de l'homme blessé (Luc 10.33-35), les chrétiens sont appelés à servir ceux qui sont blessés, physiquement, spirituellement et émotionnellement. Cela se manifeste par des actes de charité, de compassion, par l'évangélisation et le discipulat. L'Église, corps du Christ, est un « hôpital pour pécheurs », un lieu où les blessés trouvent consolation, guérison et espérance dans les Blessures du grand Médecin. Le grand mandat missionnaire (Matthieu 28.19-20) est un appel à porter le message de guérison et de salut à toutes les nations, en proclamant que, par les Blessures de Jésus, il y a pardon et vie nouvelle.

Les implications pour l'Église d'aujourd'hui sont profondes. Dans un monde marqué par la douleur, les traumatismes et les divisions, l'Église a le privilège et la responsabilité d'être un phare d'espérance. Nous devons être une communauté qui ne cache pas ses propres Blessures, mais qui trouve la guérison en Christ et qui, à son tour, sert les autres. La prédication doit rester fidèle à la doctrine de l'expiation substitutive, en soulignant que la seule solution à la Blessure du péché de l'humanité se trouve dans les Blessures de Jésus. Les responsables doivent paître le troupeau avec tendresse, en se souvenant qu'ils sont eux-mêmes des pécheurs pardonnés et guéris.

Les exhortations pastorales fondées sur le terme Blessure sont nombreuses. Premièrement, nous ne devons jamais minimiser la profondeur de notre propre Blessure du péché, sans quoi nous diminuerions la gloire de la guérison qui nous a été accordée. Deuxièmement, nous devons toujours regarder aux Blessures du Christ comme à la source de notre salut, de notre paix et de notre espérance. Troisièmement, nous sommes appelés à supporter avec patience les Blessures et les souffrances de la vie, sachant qu'en Christ elles peuvent servir à notre sanctification et à la gloire de Dieu (Romains 8.28). Quatrièmement, nous devons veiller à ne pas infliger de Blessures inutiles à nos frères et sœurs dans la foi, mais rechercher l'unité et l'amour (Éphésiens 4.32).

L'équilibre entre doctrine et pratique est essentiel. La doctrine des Blessures du Christ est le fondement inébranlable de notre foi, mais elle doit conduire à une vie transformée. Nous ne sommes pas sauvés par les œuvres, mais pour les œuvres (Éphésiens 2.10). La contemplation des Blessures du Sauveur doit nous pousser à vivre une vie de reconnaissance, de service et d'amour, reflet de la grâce que nous avons reçue. Que chaque croyant, par la foi, contemple les Blessures de Jésus, trouve la guérison pour sa propre âme et vive d'une manière digne de la vocation qu'il a reçue, à la gloire de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.