Bethuel

Bethuel fait partie de ces personnages bibliques qui se tiennent discrètement à un tournant du récit. Il était fils de Nachor, frère d'Abraham, et de Milca, et vivait en Aram, loin du pays de Canaan. L'Écriture dit très peu de choses de lui en tant que personne, mais son nom revient à plusieurs reprises dans le récit où Dieu pourvoit une épouse à Isaac, car il était le père de Rebecca et de Laban.

Par Rebecca, Bethuel devint le grand-père de Jacob et d'Ésaü ; par Laban, le grand-père de Léa et de Rachel. Autrement dit, les deux côtés de l'arbre généalogique de Jacob remontent à la maison de Bethuel. La promesse faite à Abraham fut portée par une famille restée volontairement liée à ses parents de l'Orient.

Cet article rassemble ce que la Bible dit réellement de Bethuel, signale honnêtement les silences du texte et ajoute une brève note sur une ville du même nom dans le territoire de Siméon.

1. Étymologie et signification

Le nom hébreu est בְּתוּאֵל (Betu'el). La finale -el est le mot courant pour Dieu, mais le premier élément est incertain. Les spécialistes ont proposé plusieurs sens : « homme de Dieu » (en le rapprochant d'un mot sémitique pour homme, mat ou metu), « demeure de Dieu » (variante de bet, maison) ou « celui qui appartient à Dieu ». Aucune de ces propositions n'est assurée ; il est plus juste de dire que le nom contient clairement une référence à Dieu, tandis que sa nuance exacte reste débattue.

L'Ancien Testament grec transcrit le nom Bathouel. Il n'apparaît pas dans le Nouveau Testament.

2. Contexte historique et usage biblique

Famille et pays d'origine

Térach eut trois fils : Abram, Nachor et Haran (Genèse 11.26-27). Nachor épousa Milca, fille de son frère Haran (Genèse 11.29) ; Milca était donc à la fois sa femme et sa nièce. Après l'épreuve d'Isaac sur le mont Morija, Abraham apprit que Milca avait donné huit fils à Nachor : Uts, Buz, Kemuel, Késed, Hazo, Pildasch, Jidlaph et Bethuel, et que « Bethuel a engendré Rebecca » (Genèse 22.20-23). Bethuel est cité en dernier, ce qui pourrait indiquer qu'il était le plus jeune, même si le texte ne le dit pas expressément.

La famille vivait en Mésopotamie, en hébreu Aram-Naharaïm, « Aram des deux fleuves », dans la région de « la ville de Nachor » (Genèse 24.10), appelée aussi Paddan-Aram (Genèse 25.20 ; 28.2). Il s'agit de la région de Charan, en haute Mésopotamie, où la famille de Térach s'était établie après avoir quitté Ur (Genèse 11.31). C'est pourquoi Bethuel est appelé « l'Araméen » (Genèse 25.20 ; 28.5).

Bethuel dans l'histoire de Rebecca

Quand le serviteur d'Abraham arriva au puits, Rebecca sortit avec sa cruche. Le narrateur la présente comme celle qui « était née de Bethuel, fils de Milca, femme de Nachor, frère d'Abraham » (Genèse 24.15). Elle se présente elle-même ainsi : « Je suis fille de Bethuel, fils de Milca et de Nachor » (Genèse 24.24). Le serviteur répète ensuite ces paroles devant la famille (Genèse 24.47).

Après avoir entendu le récit du serviteur, « Laban et Bethuel répondirent, et dirent : C'est de l'Éternel que la chose vient ; nous ne pouvons te parler ni en mal ni en bien. Voici Rebecca devant toi ; prends et va » (Genèse 24.50-51). C'est le seul moment où Bethuel parle, et il le fait avec son fils.

Il est frappant que, dans le reste du chapitre, Laban et la mère prennent les devants. Rebecca court raconter tout cela « à la maison de sa mère » (Genèse 24.28) ; les cadeaux sont donnés « à son frère et à sa mère » (Genèse 24.53) ; et ce sont « le frère et la mère » qui demandent qu'elle reste encore quelques jours (Genèse 24.55). Certains interprètes, dont l'ancienne tradition juive, en ont conclu que Bethuel était âgé, effacé, voire qu'il mourut pendant la visite. Le texte ne dit rien de tel. Ce sont des hypothèses destinées à expliquer le rôle de Laban ; la Bible rapporte seulement l'assentiment de Bethuel et poursuit.

3. Passages principaux

Genèse 22.20-23 présente Bethuel dans la généalogie de Nachor juste après le sacrifice d'Isaac. L'emplacement est voulu : aussitôt que Dieu renouvelle à Abraham la promesse d'une descendance, le lecteur apprend que la future épouse d'Isaac est déjà née.

Genèse 24.15, 24, 47 répètent le nom de Bethuel comme clé de l'identité de Rebecca. Pour le serviteur d'Abraham, ce détail était décisif, puisqu'Abraham avait exigé une épouse de sa parenté (Genèse 24.4). En apprenant qu'elle était fille de Bethuel, il s'inclina et se prosterna devant l'Éternel, qui l'avait conduit « à la maison des frères de mon seigneur » (Genèse 24.26-27).

Genèse 24.50 rapporte la confession de Bethuel, avec Laban, que la chose venait de l'Éternel. Quelle qu'ait été la profondeur de leur foi, ils reconnurent la main du Dieu d'Abraham dans les événements.

Genèse 25.20 résume le mariage : Isaac avait quarante ans lorsqu'il prit pour femme Rebecca, « fille de Bethuel, l'Araméen, de Paddan-Aram, et sœur de Laban, l'Araméen ».

Genèse 28.2, 5 montrent le lien familial dans la génération suivante. Isaac envoie Jacob « à la maison de Bethuel, père de ta mère » pour prendre femme parmi les filles de Laban, et Jacob se rend « chez Laban, fils de Bethuel, l'Araméen ». Fait intéressant, en Genèse 29.5 Jacob demande s'ils connaissent « Laban, fils de Nachor », employant « fils » au sens large de descendant.

4. Signification théologique

L'importance de Bethuel ne tient pas à ses actes, mais à sa place dans la providence de Dieu. Genèse 24 est l'un des récits les plus clairs de conduite divine dans l'Ancien Testament : un serviteur prie, une jeune femme paraît avant qu'il ait fini de prier (Genèse 24.15), et la famille confesse que « c'est de l'Éternel que la chose vient ». La maison de Bethuel devient le lieu où Dieu exauce la prière et préserve la lignée de la promesse au sein de la famille qu'il avait choisie.

Son histoire montre aussi que les desseins de Dieu ne dépendent pas de l'importance de chaque personne. Bethuel prononce une phrase puis s'efface, mais sa fille devient une mère d'Israël. Paul rappellera la conception de Jacob et d'Ésaü par Rebecca comme preuve de l'élection souveraine de Dieu, « non point à cause des œuvres, mais à cause de celui qui appelle » (Romains 9.10-13).

Enfin, le titre répété d'« Araméen » est significatif. Israël confessera plus tard : « Mon père était un Araméen nomade » (Deutéronome 26.5), se souvenant de racines humbles et étrangères. La maison de Bethuel rappelle au peuple de Dieu que son identité repose sur la grâce, non sur la lignée.

5. Héritage et références canoniques

Bethuel n'apparaît que dans la Genèse (Genèse 22.22-23 ; 24.15, 24, 47, 50 ; 25.20 ; 28.2, 5). Par Rebecca, il est un ancêtre de Jacob, donc des douze tribus et du Messie selon la chair ; par Léa et Rachel, filles de Laban, il est aussi l'arrière-grand-père de ces tribus du côté maternel. La même maison reparaît pendant les années où Jacob servit Laban (Genèse 29-31), lorsque le Dieu d'Abraham et « le Dieu de Nachor » sont invoqués dans l'alliance entre Jacob et Laban (Genèse 31.53).

Ne pas confondre avec Bethuel, ville de Siméon

Le nom Bethuel désigne aussi une ville du Néguev attribuée à la tribu de Siméon (1 Chroniques 4.30). La liste parallèle de Josué 19.4 l'appelle Bethul. Il pourrait s'agir du même lieu que Kesil en Josué 15.30 et que le « Béthel » du sud de Juda auquel David envoya du butin (1 Samuel 30.27), mais ces identifications sont des hypothèses. Son emplacement exact est inconnu.

6. Application pour aujourd'hui

La brève confession de Bethuel, « C'est de l'Éternel que la chose vient », est un modèle pour reconnaître la main de Dieu dans les décisions ordinaires de la vie familiale. Mariage, déménagement, séparation d'êtres chers : tout cela peut être reçu avec la conviction que le Seigneur conduit ceux qui le cherchent.

Sa présence discrète encourage aussi le croyant qui pense que son rôle est petit. Tous, dans l'histoire de Dieu, ne prononcent pas de longs discours ni n'accomplissent d'actes éclatants. Beaucoup servent comme maillons fidèles entre les générations, et Dieu s'en sert pour accomplir de grands desseins. En Christ, descendant ultime des patriarches, nous voyons qu'aucun maillon fidèle de la chaîne n'est oublié.

Enfin, ce récit nous invite à prier comme le serviteur d'Abraham et à répondre comme la famille de Rebecca : chercher la direction de Dieu, la reconnaître quand elle vient et remettre entre ses mains ce que nous aimons.