Romains 1 s'ouvre sur la présentation de Paul, serviteur de Jésus-Christ, appelé à être apôtre pour annoncer l'Évangile de Dieu. Il déclare que cet Évangile est la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, Juif d'abord, puis Grec. La justice de Dieu y est révélée par la foi et pour la foi. Paul expose ensuite la colère de Dieu contre toute impiété et injustice des hommes qui retiennent la vérité captive. Il décrit la dégradation humaine comme conséquence du rejet de Dieu : l'idolâtrie mène à des passions honteuses et à une dépravation généralisée. Ce chapitre pose le diagnostic universel du péché avant d'annoncer le remède en Christ.
Contexte historique
Paul écrit aux chrétiens de Rome vers l'an 57 après J.-C., probablement depuis Corinthe, lors de son troisième voyage missionnaire. Il n'a jamais visité Rome, mais il projette de s'y rendre après un passage à Jérusalem (Rm 15:22-29). L'Église de Rome est mixte, composée de Juifs et de non-Juifs, et Paul veut établir une base doctrinale solide avant sa venue. La lettre est une exposition systématique de l'Évangile, unique dans le corpus paulinien.
Le contexte historique est marqué par l'empereur Néron (54-68 après J.-C.) et une tension croissante entre les communautés juive et chrétienne à Rome. L'édit de Claude (vers 49 après J.-C.) avait expulsé les Juifs de Rome, dont les chrétiens juifs, créant des divisions. Paul écrit pour unifier l'Église autour de l'Évangile, au-delà des différences ethniques. Il s'appuie sur l'Ancien Testament, notamment Habacuc 2:4 (« Le juste vivra par la foi »), pour fonder son argumentation. La justice de Dieu n'est pas une nouveauté, mais l'accomplissement des promesses faites aux prophètes.
Verset par verset
- 1:
Paul se présente comme serviteur (doulos en grec, littéralement « esclave ») de Jésus-Christ et apôtre (apostolos, « envoyé »). Ce double titre souligne à la fois son humilité radicale et son autorité divine. Il n'est pas un simple enseignant, mais un homme mis à part pour l'Évangile de Dieu, un appel qui remonte à sa conversion sur le chemin de Damas (Ac 9:15).
- 2:
Paul ancre l'Évangile dans l'histoire du salut : il a été promis d'avance par les prophètes dans les Écritures saintes. L'Évangile n'est pas une invention récente, mais l'accomplissement du plan éternel de Dieu. Cette continuité entre l'Ancien et le Nouveau Testament est cruciale pour Paul, surtout face à des critiques juives qui pourraient accuser le christianisme de rupture.
- 3:
L'Évangile concerne le Fils de Dieu, Jésus-Christ, notre Seigneur. Paul insiste sur sa double nature : il est né de la descendance de David selon la chair, c'est-à-dire pleinement humain et héritier des promesses messianiques. Cette filiation davidique est essentielle pour établir sa légitimité comme Messie d'Israël.
- 4:
Jésus est déclaré Fils de Dieu avec puissance par sa résurrection d'entre les morts. Le terme déclaré (horizô en grec, « déterminer, établir ») ne signifie pas qu'il est devenu Fils de Dieu à la résurrection, mais que celle-ci a manifesté publiquement et avec puissance son identité éternelle. La résurrection est la validation divine de tout ce que Jésus a affirmé.
- 5:
Paul reçoit la grâce et l'apostolat pour amener à l'obéissance de la foi toutes les nations. L'expression obéissance de la foi est riche : la foi n'est pas une simple adhésion intellectuelle, mais un acte d'obéissance qui engage toute la vie. Paul se voit comme un instrument pour rassembler les païens dans le peuple de Dieu.
- 16:
Paul proclame avec audace : « Je n'ai point honte de l'Évangile, car c'est la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit. » Dans une culture romaine qui méprise la croix (1 Co 1:23), cette déclaration est contre-culturelle. L'Évangile n'est pas une faiblesse, mais la puissance (dunamis) même de Dieu, agissant pour sauver. Le salut est offert à tous, sans distinction ethnique, par la foi seule.
- 17:
La justice de Dieu est révélée dans l'Évangile de foi en foi, selon qu'il est écrit : « Le juste vivra par la foi » (Ha 2:4). Cette justice n'est pas une qualité que l'homme produit, mais un don de Dieu reçu par la foi. Elle est dynamique, progressant de la foi initiale à une foi toujours plus profonde. C'est le thème central de toute l'épître.
- 18:
La colère de Dieu (orgê Theou) se révèle du ciel contre toute impiété et injustice des hommes. Cette colère n'est pas une émotion capricieuse, mais la réponse sainte et juste de Dieu au péché. Elle est déjà à l'œuvre dans l'histoire, comme le montrent les versets suivants. Paul oppose ici la révélation de la justice (v. 17) à la révélation de la colère.
- 20:
Les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient depuis la création du monde par ce qu'il a fait. Les hommes sont donc inexcusables (anapologêtos, « sans défense ») de ne pas l'honorer. Paul affirme une révélation naturelle suffisante pour condamner, mais insuffisante pour sauver. Personne ne peut plaider l'ignorance.
- 21:
Ayant connu Dieu, les hommes ne l'ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces. Le péché originel n'est pas l'ignorance, mais l'ingratitude et l'orgueil. Leur cœur s'est obscurci, et leur prétendue sagesse est devenue folie. Ce verset décrit la racine de toute idolâtrie : le refus de reconnaître Dieu comme Dieu.
- 24:
Dieu les a livrés (paredôken) à l'impureté, selon les convoitises de leurs cœurs. Ce verbe, répété trois fois dans le chapitre (v. 24, 26, 28), décrit le jugement divin par abandon. Dieu ne force pas le péché, mais il retire sa main protectrice, laissant l'humanité récolter les conséquences de ses choix. C'est une forme de jugement terrifiante : être livré à soi-même.
- 26:
Dieu les livre à des passions honteuses. Paul mentionne spécifiquement les relations homosexuelles, tant féminines que masculines, comme un exemple de l'échange de l'ordre naturel de la création contre ce qui est contre nature. Pour Paul, la sexualité n'est pas une simple préférence, mais un reflet de l'ordre créé par Dieu. La dépravation sexuelle est une conséquence, non une cause, du rejet de Dieu.
- 28:
Ne voulant pas retenir Dieu dans leur connaissance, Dieu les livre à un esprit réprouvé (adokimos, « qui ne passe pas l'épreuve »), pour faire des choses qui ne conviennent pas. Le jugement est ici une correspondance parfaite entre le péché et sa punition : ceux qui rejettent la vérité sont livrés à l'erreur. La liste des vices qui suit (v. 29-31) dresse un portrait accablant de l'humanité sans Dieu.
- 32:
Le comble du péché n'est pas seulement de commettre ces actes, mais d'approuver ceux qui les commettent. Paul souligne la complicité morale de ceux qui, connaissant le jugement de Dieu, non seulement persistent dans le mal, mais encouragent les autres à faire de même. Ce verset prépare le terrain pour le chapitre 2, où Paul s'adresse à ceux qui jugent les autres tout en faisant les mêmes choses.
Thèmes clés
- La puissance de l'Évangile pour le salut
- La justice de Dieu révélée par la foi
- La colère de Dieu contre le péché
- L'idolâtrie comme racine de la dépravation
- Le jugement par abandon
Application
Romains 1 nous confronte à une vérité dérangeante : nous ne sommes pas fondamentalement bons, mais rebelles. Avant de pouvoir entendre la bonne nouvelle de la justification par la foi, nous devons accepter le diagnostic du péché. Ce chapitre nous invite à examiner nos vies : où avons-nous échangé la vérité de Dieu contre un mensonge ? Où avons-nous refusé de lui rendre gloire ?
La réponse à ce constat n'est pas le désespoir, mais l'humilité. Si l'Évangile est la puissance de Dieu pour le salut, alors notre seule espérance est de nous tourner vers Christ. La foi n'est pas une œuvre que nous accomplissons, mais une confiance que nous recevons. Chaque fois que nous sommes tentés de juger les autres (comme Paul le montrera au chapitre 2), rappelons-nous que nous sommes nous-mêmes sauvés par grâce. L'Évangile nous libère de l'orgueil et nous rend libres pour aimer.
Questions fréquentes
Que signifie « la justice de Dieu » dans Romains 1:17 ?
Dans Romains 1:17, la justice de Dieu est un don juridique et relationnel. Ce n'est pas une qualité que l'homme possède par lui-même, mais une justice imputée par Dieu à celui qui croit en Jésus-Christ. Paul s'appuie sur Habacuc 2:4 pour montrer que le juste vit par la foi. Cette justice est à la fois un statut (être déclaré juste devant Dieu) et une puissance qui transforme la vie du croyant.
Pourquoi Paul dit-il que les hommes sont inexcusables (Romains 1:20) ?
Paul affirme que la création elle-même révèle clairement la puissance éternelle et la divinité de Dieu. Depuis le commencement, les hommes peuvent voir ces réalités dans la nature. Leur refus de reconnaître Dieu et de lui rendre gloire n'est donc pas dû à un manque d'information, mais à une rébellion volontaire du cœur. L'ignorance n'est pas une excuse, car la révélation naturelle est suffisante pour condamner, même si elle ne suffit pas pour sauver.
Que signifie « Dieu les a livrés » dans Romains 1:24, 26, 28 ?
L'expression « Dieu les a livrés » (paredôken) décrit un jugement divin par abandon. Dieu ne pousse pas les hommes à pécher, mais il retire sa main protectrice et les laisse suivre les conséquences naturelles de leurs désirs corrompus. C'est une forme de jugement terrifiante : être livré à soi-même, à ses propres convoitises, et à un esprit réprouvé. Ce jugement est à la fois juste et proportionné au rejet de Dieu par l'humanité.
Romains 1 condamne-t-il l'homosexualité ?
Oui, Romains 1:26-27 présente les relations homosexuelles comme un exemple de l'échange de l'ordre naturel de la création contre ce qui est contre nature. Paul ne parle pas d'une orientation sexuelle innée, mais d'un choix délibéré qui découle du rejet de Dieu. Cependant, il est crucial de lire ces versets dans leur contexte : Paul ne cible pas un groupe particulier, mais décrit la dépravation universelle de l'humanité. Tous les péchés, y compris l'orgueil, la médisance et l'ingratitude (v. 29-31), sont également condamnés. L'Évangile offre le pardon et la transformation à tous, sans exception.
Quel est le lien entre Romains 1 et le reste de l'épître ?
Romains 1 pose le diagnostic du péché universel : Juifs et païens sont tous sous la colère de Dieu. Ce chapitre montre que l'humanité, sans exception, a rejeté Dieu et mérite son jugement. Ce constat prépare le terrain pour l'annonce de la justification par la foi dans les chapitres 3 à 5. Sans la condamnation du chapitre 1, la grâce des chapitres suivants perdrait sa puissance. Paul construit son argumentation comme un procès : d'abord l'accusation, puis l'acquittement en Christ.