Siméon
Siméon fut le deuxième fils de Jacob et de Léa, né à Paddan-Aram pendant que Jacob servait son oncle Laban (Genèse 29.33). Il devint l'ancêtre de la tribu qui porte son nom, l'une des douze tribus d'Israël, et son nom traverse la Bible depuis la maison agitée de Jacob jusqu'au partage du pays sous Josué et aux tribus marquées du sceau dans l'Apocalypse.
L'Écriture ne donne pas de longue biographie de Siméon, mais les scènes qu'elle rapporte sont saisissantes : le massacre de Sichem aux côtés de son frère Lévi, le temps passé enchaîné en Égypte comme otage pendant que ses frères repartaient chercher Benjamin, et les paroles dures que Jacob prononça sur lui à son lit de mort. Ensemble, elles dessinent le portrait d'un homme dont le zèle tourna à la cruauté, et d'une tribu qui en porta les conséquences pendant des générations.
Étudier Siméon montre comment Dieu accomplit ses promesses à travers des personnes imparfaites. Le patriarche n'est jamais présenté comme un modèle de vertu, et pourtant son nom n'a jamais été effacé des tribus d'Israël, et ses descendants ont reçu une place dans l'héritage et dans le peuple que Dieu appelle le sien.
1. Étymologie et signification du nom
Le nom hébreu est Shim'on (שִׁמְעוֹן), formé sur le verbe shama' (שָׁמַע), « entendre ». La Bible elle-même l'explique : à sa naissance, Léa dit que l'Éternel avait entendu qu'elle n'était pas aimée et qu'il lui avait donné encore ce fils (Genèse 29.33). Le nom est généralement compris comme « exaucement » ou « celui qui entend », et il renvoie au Dieu qui a entendu. En grec, dans la Septante et dans le Nouveau Testament, la forme est Symeōn (Συμεών), ce qui explique que le même nom réapparaisse dans les Évangiles.
Ce nom est une petite confession de foi. Léa vivait un mariage où elle se sentait délaissée, car Jacob aimait davantage Rachel (Genèse 29.30-31). En nommant son deuxième fils, elle ne cacha pas sa douleur, mais elle reconnut que le Seigneur l'avait vue. Chaque fois qu'on prononçait le nom de l'enfant, il rappelait que Dieu écoute le cri de ceux qui sont rejetés.
2. Contexte historique et récit biblique
2.1 Origine familiale et généalogie
Siméon appartenait à la famille de la promesse : fils de Jacob, petit-fils d'Isaac et arrière-petit-fils d'Abraham. Sa mère Léa était la fille aînée de Laban, et ses frères de même père et de même mère étaient Ruben, Lévi, Juda, Issacar et Zabulon, avec une sœur nommée Dina (Genèse 29.31-35 ; 30.17-21). Il grandit dans la région de Charan et vint en Canaan avec toute la maison quand Jacob retourna au pays de ses pères (Genèse 31).
Lorsque la famille descendit en Égypte, les noms des fils de Siméon furent consignés : Jemuel, Jamin, Ohad, Jakin, Tsochar et Saül, ce dernier présenté comme le fils d'une Cananéenne (Genèse 46.10 ; Exode 6.15). Des listes plus tardives donnent cinq noms sous des formes un peu différentes, comme Nemuel pour Jemuel et Zérach pour Tsochar, et sans Ohad (Nombres 26.12-13 ; 1 Chroniques 4.24). De telles variations sont courantes dans les généalogies anciennes. De ces fils sortirent les clans de la tribu de Siméon.
2.2 Principaux événements
L'épisode le plus connu est rapporté en Genèse 34. Sichem, fils de Hamor, prince du pays, enleva Dina et lui fit violence. Les fils de Jacob répondirent à sa demande en mariage par la ruse, en exigeant que tous les hommes de la ville soient circoncis. Le troisième jour, alors que les hommes souffraient encore, Siméon et Lévi, frères de Dina, prirent leurs épées, entrèrent dans la ville et tuèrent tous les mâles, y compris Hamor et Sichem (Genèse 34.25-26). Puis les autres frères pillèrent la ville. Jacob reprocha aux deux de l'avoir troublé et rendu odieux aux habitants du pays (Genèse 34.30). Leur seule réponse fut une question : devait-on traiter notre sœur comme une prostituée ? (Genèse 34.31).
Des années plus tard, pendant la grande famine, dix des frères descendirent en Égypte pour acheter du blé et se présentèrent devant Joseph sans le reconnaître. Joseph les accusa d'être des espions et exigea qu'ils amènent leur jeune frère. Dans leur angoisse, ils se reconnurent entre eux coupables de ce qu'ils avaient fait à Joseph (Genèse 42.21-22). Joseph s'éloigna pour pleurer, puis il prit Siméon parmi eux et le fit lier sous leurs yeux (Genèse 42.24). Le texte ne dit pas pourquoi Siméon fut choisi. Certains interprètes suggèrent un lien avec sa violence à Sichem ou avec un rôle de meneur dans la trahison de Joseph, mais ce n'est qu'une hypothèse, et la Genèse reste silencieuse. De retour, Jacob se lamenta : Joseph n'est plus, et Siméon n'est plus (Genèse 42.36). Siméon resta en Égypte jusqu'au retour de ses frères avec Benjamin, et on le fit alors sortir vers eux (Genèse 43.23). Plus tard, il descendit en Égypte avec toute la famille (Genèse 46.8-10).
À la fin de sa vie, Jacob rassembla ses fils et parla sur chacun d'eux. Pour Siméon et Lévi, les paroles sont sévères : leurs glaives étaient des instruments de violence, et Jacob ne voulait pas que son âme entre dans leur conseil. Maudite soit leur colère, car elle est violente, et leur fureur, car elle est cruelle ! Je les séparerai dans Jacob et je les disperserai dans Israël (Genèse 49.5-7). On remarquera que la malédiction frappe leur colère, non leurs personnes.
3. Caractère et rôle dans le récit biblique
Ce que l'Écriture montre de Siméon vient presque entièrement de ses actes, non de ses paroles. À Sichem, il agit par loyauté envers sa sœur, et l'outrage fait à Dina était réel et grave. Mais sa réaction unit la ruse à une violence démesurée : le signe de l'alliance, la circoncision, servit de piège, et une ville entière paya pour le crime d'un seul homme. Le texte laisse ouverte la tension entre la protestation des frères et le reproche de Jacob, mais Genèse 49 rend le verdict final clair : cette colère était cruelle.
En Égypte, Siméon apparaît dans un rôle passif. Il fut lié, mis à part et, pour un temps, laissé derrière, tandis que l'histoire avançait vers la réconciliation de la famille. La Genèse ne rapporte aucune parole de lui pendant cette période, et ce serait spéculer que de décrire ce qu'il ressentit. Ce que le texte montre, c'est que sa détention fit partie du chemin par lequel Dieu amena les frères à affronter leur passé et conduisit Joseph à se faire connaître.
4. Signification théologique
4.1 La parole de Jacob accomplie
L'histoire de la tribu montre l'accomplissement des mots « je les disperserai dans Israël ». Au premier recensement dans le désert, Siméon comptait 59 300 hommes en état de combattre (Nombres 1.22-23) ; au second, après le fléau qui suivit le péché de Baal-Peor, il n'en restait que 22 200, la plus forte baisse parmi les tribus (Nombres 26.14). Zimri, l'Israélite frappé lors de cet épisode, était chef d'une maison paternelle des Siméonites (Nombres 25.14). Dans la bénédiction de Moïse, Siméon n'est pas nommé (Deutéronome 33). Au partage du pays, Siméon ne reçut pas de territoire propre, mais des villes au milieu de l'héritage de Juda, comme Beer-Schéba, parce que la part de Juda était trop grande pour lui (Josué 19.1-9). Le Chroniqueur note que ce furent leurs villes jusqu'au règne de David (1 Chroniques 4.31).
4.2 La même sentence, des destins différents
Lévi reçut la même sentence de dispersion, mais dans son cas elle devint une bénédiction : lors du veau d'or, les Lévites se rangèrent du côté du Seigneur (Exode 32.26-29) et reçurent ensuite des villes dans tout Israël comme tribu sacerdotale (Josué 21). La dispersion de Siméon prit la forme d'une absorption dans Juda. Ce contraste enseigne que le jugement de Dieu est réel, mais que l'histoire d'une famille n'est pas scellée par un seul échec.
4.3 Une grâce qui n'efface pas le nom
Même diminué, Siméon ne disparut jamais du peuple de Dieu. Des Siméonites combattirent aux côtés de Juda lors de la conquête (Juges 1.3, 17), se joignirent à David à Hébron (1 Chroniques 12.25) et passèrent au roi Asa quand ils virent que le Seigneur était avec lui (2 Chroniques 15.9). Dans la vision d'Ézéchiel, Siméon a une part dans le pays restauré et une porte dans la ville (Ézéchiel 48.24-25, 33), et dans l'Apocalypse douze mille sont marqués du sceau dans la tribu de Siméon (Apocalypse 7.7). Cette fidélité annonce l'Évangile : en Christ, des personnes marquées par la violence et l'échec sont accueillies et reçoivent une place durable dans le peuple de Dieu.
5. Héritage et références canoniques
La naissance de Siméon est rapportée en Genèse 29.33, et il figure dans la liste des fils de Jacob en Genèse 35.23. Son rôle à Sichem se trouve en Genèse 34.25-31, son temps d'otage en Genèse 42.24, 36 et 43.14, 23, ses descendants en Genèse 46.10 et Exode 6.15. Les paroles de Jacob à son sujet sont en Genèse 49.5-7. La tribu apparaît dans les listes du désert (Nombres 1.6, 22-23 ; 2.12-13 ; 13.5 ; 26.12-14 ; 34.20), parmi ceux qui devaient se tenir sur le mont Garizim pour bénir le peuple (Deutéronome 27.12), dans le partage du pays (Josué 19.1-9), dans la conquête (Juges 1.3, 17) et dans les généalogies des Chroniques (1 Chroniques 2.1 ; 4.24-43 ; 12.25). Elle est mentionnée aux jours d'Asa et de Josias (2 Chroniques 15.9 ; 34.6), dans la vision d'Ézéchiel (Ézéchiel 48.24-25, 33) et en Apocalypse 7.7.
Il ne faut pas confondre le patriarche avec Siméon, l'homme juste et pieux de Jérusalem qui attendait la consolation d'Israël et prit l'enfant Jésus dans ses bras au temple, bénissant Dieu par le cantique connu sous le nom de Nunc Dimittis (Luc 2.25-35). Ce Siméon vécut bien des siècles plus tard et n'a en commun avec le fils de Jacob que le nom. Le Nouveau Testament mentionne aussi d'autres hommes appelés Siméon (Luc 3.30 ; Actes 13.1).
6. Application pour aujourd'hui
L'histoire de Siméon commence par un nom qui dit que Dieu entend. Avant toute faute du fils, il y eut le cri d'une mère qui parvint au Seigneur. Cela nous rappelle que Dieu voit la douleur de ceux qui se sentent rejetés dans leur propre maison, et qu'il répond.
En même temps, Sichem avertit qu'une cause juste ne justifie pas tous les moyens. L'indignation devant le mal peut être légitime, mais quand elle devient vengeance, ruse et cruauté, elle devient péché à son tour. La parole de Jacob, « maudite soit leur colère », nous invite à examiner ce que nous faisons de notre colère. Le conseil de l'Écriture est de se mettre en colère sans pécher (Éphésiens 4.26), et la vengeance appartient au Seigneur (Romains 12.19).
Enfin, la tribu de Siméon montre que les conséquences sont réelles, mais que la grâce est plus grande. Même réduite et dispersée, Siméon garde son nom parmi les marqués du sceau de l'Apocalypse. En Christ, aucun passé n'est trop sombre pour être racheté. Celui qui vient à lui avec repentance trouve non seulement le pardon, mais aussi une place dans le peuple de Dieu.