Cri

L'expérience humaine, dans ses manifestations les plus diverses, trouve souvent dans le Cri son expression la plus brute et la plus viscérale. Dans la théologie protestante évangélique, le terme biblique Cri dépasse sa simple connotation acoustique et se révèle être un concept aux multiples facettes, qui traverse le récit de la rédemption, la nature de Dieu, la condition humaine et la dynamique de la vie spirituelle. Loin d'être un simple son, le Cri dans l'Écriture est un acte de communication profonde, la supplication d'une âme, une proclamation de foi ou de désespoir, et un signe de l'intervention divine. Cette analyse théologique cherchera à dégager le développement, le sens et l'application du Cri, en s'appuyant sur l'autorité de la Bible et sur une perspective réformée.

Des supplications des opprimés dans l'Ancien Testament aux cris de Jésus sur la croix et au Cri du Saint-Esprit dans le cœur des croyants, le Cri est un fil conducteur qui révèle l'interaction intime entre Dieu et l'humanité. Il exprime la vulnérabilité humaine, l'angoisse face au péché et à la souffrance, la joie du salut et la certitude de l'espérance eschatologique. Comprendre le Cri de manière biblique, c'est plonger dans la profondeur de l'expérience de la foi, en reconnaissant que Dieu n'entend pas seulement les murmures, mais aussi les clameurs les plus intenses de ses enfants et de sa création.

Cette étude systématique abordera l'étymologie et les racines du Cri dans l'Ancien Testament, son sens dans le Nouveau Testament, sa place centrale dans la théologie paulinienne du salut, les divers aspects et types de Cri, ainsi que ses implications pratiques pour la vie du croyant. Tout au long de ce parcours, nous chercherons à montrer que le Cri témoigne de la souveraineté divine, de la grâce irrésistible et de la fidélité immuable de Dieu, qui se penche pour entendre la clameur de ses enfants et y répondre, façonnant ainsi la piété, le culte et le service du peuple de Dieu.

1. Étymologie et racines du cri dans l'Ancien Testament

Dans l'Ancien Testament, la notion de Cri s'exprime par divers mots hébreux, chacun avec ses nuances, mais tous convergent vers l'idée d'une vocalisation intense et chargée de sens. Comprendre ces racines étymologiques est indispensable pour saisir la richesse théologique du terme. Parmi les plus importants, on trouve za'aq (זעק), tse'aqah (צעקה), shava' (שוע), rua' (רוע) et qara' (קרא).

Le mot za'aq (זעק) sert souvent à décrire un appel au secours, surtout dans des situations d'angoisse, d'oppression ou de danger. Ce Cri est une supplication pressante et désespérée adressée à Dieu ou à une autorité humaine. L'exemple type est le Cri des enfants d'Israël asservis en Égypte : « Les enfants d'Israël gémissaient encore sous la servitude, et poussaient des za'aq (cris), et ces Cris, que leur arrachait la servitude, montèrent jusqu'à Dieu » (Exode 2.23). Cette clameur n'était pas une simple lamentation, mais un appel direct à l'intervention divine, révélant la compassion de Dieu, qui « entendit leurs Cris » (Exode 2.24). Ici, le Cri des opprimés est un appel à la justice divine, une reconnaissance de l'incapacité humaine à se libérer soi-même.

Lié à za'aq, le mot tse'aqah (צעקה) désigne la clameur, le cri ou la plainte elle-même. C'est la manifestation audible de l'angoisse ou du désespoir. En Genèse 18.20, « le tse'aqah (Cri) contre Sodome et Gomorrhe » est si grand qu'il attire l'attention de Dieu, signe de l'énormité de leur iniquité. Le Cri, dans ce contexte, n'est pas seulement humain : il représente l'injustice elle-même qui crie pour réclamer le jugement. De même, les prophètes ont souvent recouru à la notion de Cri pour dénoncer l'injustice sociale, comme en Ésaïe 5.7, où l'attente de la justice aboutit à un « tse'aqah (Cri) d'oppression ».

Un autre mot important est shava' (שוע), qui signifie crier au secours, implorer. C'est un Cri d'appel à l'aide plus direct et plus personnel, fréquent dans les Psaumes. « À mon Cri, l'Éternel m'a répondu de sa montagne sainte » (Psaume 3.5). Ce Cri reflète la confiance du psalmiste dans la capacité et la volonté de Dieu de le délivrer. Les Psaumes sont remplis de prières qui sont, au fond, des Cris de détresse, de repentance et de louange, montrant que la prière véritable prend souvent la forme d'une clameur passionnée et sincère vers Dieu.

Le mot rua' (רוע) introduit une autre dimension du Cri. S'il peut désigner un cri de guerre ou une alarme, il sert aussi à décrire un Cri de joie, d'acclamation ou d'allégresse. « Poussez vers l'Éternel des cris de joie, vous tous, habitants de la terre ! Éclatez en chants joyeux et célébrez-le ! » (Psaume 100.1). Ce Cri exprime l'adoration et la célébration de la souveraineté de Dieu. Dans les contextes militaires, le cri de guerre était le signe de la présence de Dieu et d'une victoire imminente, comme lors de la chute de Jéricho (Josué 6.5, 20), où le Cri du peuple, obéissant à Dieu, précède l'écroulement des murailles.

Enfin, qara' (קרא), qui signifie appeler, convoquer ou proclamer, peut être employé au sens d'un Cri puissant. « Crie à plein gosier, ne te retiens pas, élève ta voix comme une trompette » (Ésaïe 58.1). Ici, le Cri est un appel prophétique, une dénonciation audacieuse et publique du péché et une exhortation à la repentance. Le prophète, porte-parole de Dieu, ne murmure pas : il crie le message divin avec urgence et autorité.

Le développement progressif de la révélation dans l'Ancien Testament montre que le Cri passe d'une simple expression d'émotion à un acte chargé de sens théologique. Il révèle la nature d'un Dieu qui entend et qui agit, la condition d'une humanité qui crie pour sa délivrance et son salut, et l'importance d'une communication directe et fervente avec le Créateur. Du Cri de l'oppression au Cri de l'adoration, l'Ancien Testament pose les fondements d'une compréhension du Cri comme forme essentielle de relation avec Dieu, thème qui s'approfondira encore dans le Nouveau Testament avec la venue du Christ.

2. Le cri dans le Nouveau Testament et sa signification

Dans le Nouveau Testament, l'intensité et la portée théologique du Cri s'élargissent et s'approfondissent, surtout en rapport avec la personne et l'œuvre de Jésus-Christ et l'action du Saint-Esprit. Les mots grecs les plus courants pour Cri sont krazo (κράζω), boao (βοάω), anakrazō (ἀνακράζω) et phōnē (φωνή), chacun contribuant à une compréhension riche et nuancée.

Krazo (κράζω) est le mot le plus fréquemment employé pour un Cri fort et intense, qui exprime souvent l'angoisse, la peur, la supplication désespérée ou même la voix des démons. C'est un Cri qu'on ne peut ignorer. Dans les Évangiles, des personnes crient vers Jésus avec ce terme, comme l'aveugle Bartimée : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! » (Marc 10.47). Ce Cri n'est pas seulement une demande d'aide, mais une déclaration de foi en l'identité messianique de Jésus. De même, les démons « crient » souvent en reconnaissant l'autorité du Christ, comme en Marc 1.23-24, où un esprit impur s'écrie : « Qu'y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. » Le Cri des démons atteste la puissance souveraine du Christ sur les forces spirituelles.

Boao (βοάω) est proche de krazo et désigne une clameur forte, un cri. Jean-Baptiste est décrit comme « la voix (phōnē) de celui qui boao (crie) dans le désert » (Jean 1.23, citant Ésaïe 40.3). Son Cri est une proclamation prophétique qui prépare le chemin du Messie. Ce Cri est un appel à la repentance et à la transformation, une voix puissante qui rompt le silence spirituel de l'époque.

Le sens le plus profond du Cri dans le Nouveau Testament se trouve dans les cris de Jésus-Christ. Au cours de sa vie terrestre, il a lui-même crié vers le Père (Hébreux 5.7), présentant des prières et des supplications « avec de grands Cris et avec larmes ». Ces Cris révèlent la pleine humanité du Christ et sa dépendance envers le Père, même dans sa divinité. Mais les Cris de Jésus les plus significatifs sur le plan théologique ont lieu sur la croix. Le Cri « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? » (Matthieu 27.46) est un cri d'abandon et de souffrance substitutive, en écho au Psaume 22, par lequel le Christ s'identifie à la douleur de l'humanité. Ce Cri n'est pas un signe d'incrédulité, mais l'expression de la profondeur du sacrifice et de la malédiction du péché qu'il a portée à notre place. À l'inverse, les Cris « Tout est accompli » (Jean 19.30) et « Père, je remets mon esprit entre tes mains » (Luc 23.46) sont des Cris de victoire et de confiance. Le premier proclame l'achèvement complet de l'œuvre rédemptrice, le second exprime la remise confiante de sa vie au Père, jusque dans la mort. Les Cris de Jésus sur la croix sont le point culminant de l'histoire de la rédemption et deviennent le fondement de notre salut.

La continuité et la discontinuité entre l'Ancien et le Nouveau Testament au sujet du Cri sont remarquables. Il y a continuité en ce que le Cri demeure une expression d'angoisse, de supplication et d'adoration envers Dieu. La nature d'un Dieu qui entend et répond reste inchangée. Il y a cependant une discontinuité salvifique décisive. Le Cri du Christ sur la croix transforme tous les Cris antérieurs d'Israël pour la délivrance et la justice, car il est la réponse ultime de Dieu à ces clameurs. Dès lors, le Cri du croyant devient un cri de foi en Christ et, plus profondément, le Cri même du Saint-Esprit dans le cœur du croyant, thème que Paul développera avec une grande profondeur.

Le Cri dans le Nouveau Testament n'est donc pas seulement un son, mais un événement théologique qui renvoie à l'œuvre du Christ, à la présence de l'Esprit et à la réalité nouvelle du salut. Il relie la condition humaine de dépendance et de besoin à la réponse divine de grâce et de miséricorde, et révèle la dynamique de la foi et de la relation avec Dieu.

3. Le cri dans la théologie paulinienne : le fondement du salut

Dans la théologie paulinienne, le Cri acquiert une profonde dimension sotériologique et se rattache intimement à l'œuvre du Saint-Esprit et à la doctrine de l'adoption. Même si Paul n'emploie pas le terme « crier » aussi souvent que les Évangiles pour décrire des actes physiques, il utilise l'idée d'une clameur intérieure et spirituelle qui est fondamentale pour l'expérience du salut et pour la relation du croyant avec Dieu. Les passages les plus marquants se trouvent en Romains 8.15 et Galates 4.6.

En Romains 8.15, Paul écrit : « Et vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte ; mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions : Abba ! Père ! » De même, en Galates 4.6 : « Et parce que vous êtes fils, Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils, lequel crie : Abba ! Père ! » Le mot grec pour « crier » est ici krazo (κράζω), le même mot intense que les Évangiles emploient pour les Cris d'angoisse ou ceux des démons. Le contexte paulinien l'élève cependant à un niveau théologique nouveau.

Le Cri « Abba, Père » n'est pas un cri de désespoir, mais un Cri d'intimité et de certitude. « Abba » est une forme araméenne familière et affectueuse de « Père », l'équivalent de notre « Papa ». Ce Cri est le témoignage du Saint-Esprit dans nos cœurs, qui nous assure de notre filiation divine. C'est l'Esprit qui nous rend capables de nous adresser à Dieu avec une telle confiance et une telle affection. Ce Cri est une démonstration de la sola gratia, car ce n'est pas quelque chose que le croyant peut produire par lui-même : c'est l'Esprit de Dieu qui le suscite. C'est le sceau de l'adoption, doctrine centrale de la théologie réformée, qui affirme que Dieu nous accueille dans sa famille non par mérite, mais par pure grâce, en Christ.

Ce Cri de l'Esprit contraste fortement avec l'« esprit de servitude » (Romains 8.15) qui caractérisait la vie sous la loi, où la relation avec Dieu était marquée par la crainte et la performance. Sous la loi, l'homme tente d'obtenir la justice par ses propres œuvres, mais le résultat est toujours l'échec et la condamnation. Le Cri « Abba, Père » est donc l'antithèse de l'effort humain pour se justifier soi-même. Il est la preuve d'une nouvelle création, d'un cœur régénéré, qui se confie pleinement dans l'œuvre rédemptrice du Christ. Jean Calvin, dans ses commentaires, souligne que cette clameur est « le témoignage du Saint-Esprit qui nous assure de notre adoption », un témoignage qui surmonte tous les doutes et toutes les craintes.

Le Cri « Abba, Père » s'inscrit dans l'ordo salutis (ordre du salut) comme expression de la régénération et de l'adoption. C'est la voix intérieure de la foi qui sauve (sola fide), qui reconnaît Dieu comme Père par Christ. C'est le point de départ de la sanctification, car un enfant qui crie « Père » cherche à plaire à ce Père et à lui obéir. La sanctification est le processus par lequel nous devenons plus semblables au Christ, mus par l'amour filial que l'Esprit inspire. Bien que la glorification soit un événement futur, le Cri de l'Esprit anticipe déjà la pleine communion et l'héritage qui nous attendent en tant qu'enfants de Dieu. Il est la garantie de notre héritage éternel, le gage de notre glorification future.

Paul parle aussi du Cri ou du gémissement de la création en Romains 8.22 : « Or, nous savons que, jusqu'à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l'enfantement. » Bien que le mot grec soit ici systenazō (συσστενάζω : gémir ensemble) et non krazo, l'idée d'une clameur intense et universelle pour la rédemption est parallèle. La création, corrompue par le péché humain, attend avec ardeur sa libération et sa glorification, une aspiration qui fait écho au Cri de l'Esprit et des croyants pour la pleine rédemption de leur corps et de toute la création. Ce gémissement universel témoigne de l'étendue des effets du péché et de l'ampleur de l'œuvre rédemptrice du Christ.

En résumé, dans la théologie paulinienne, le Cri, en particulier le Cri « Abba, Père » suscité par l'Esprit, est le fondement de notre salut, la preuve de notre filiation et la garantie de notre héritage. Il exprime la grâce souveraine de Dieu, qui nous adopte et nous rend capables de nous tenir devant lui non comme des esclaves, mais comme des enfants bien-aimés, par la foi en Jésus-Christ. Cette clameur est un pilier de la doctrine protestante évangélique, qui souligne l'œuvre exclusive de Dieu dans le salut et la place centrale de l'Esprit dans la vie du croyant.

4. Aspects et types de cri

La richesse du terme Cri dans l'Écriture permet d'en distinguer divers aspects et types, chacun ayant sa propre portée théologique et son application pratique. Distinguer ces aspects est essentiel pour une compréhension d'ensemble et pour éviter les interprétations erronées. On peut considérer le Cri sous l'angle de la grâce commune et de la grâce particulière, de la lamentation et de la repentance, de la foi et de la confiance, de l'avertissement prophétique et de l'adoration.

4.1 Le cri sous la grâce commune et sous la grâce particulière

La théologie réformée distingue la grâce commune et la grâce particulière. Le Cri peut se manifester dans ces deux domaines. La grâce commune désigne la bonté de Dieu étendue à toute l'humanité, croyants et non-croyants. Le Cri des opprimés et de ceux qui souffrent, même de ceux qui ne connaissent pas Dieu, peut être entendu par lui dans sa grâce commune. Le Seigneur entend la clameur des marins en danger (Jonas 1.14) ou le cri d'une ville au désespoir (Jonas 3.8-10), et il peut répondre par une miséricorde providentielle. Ce Cri reflète la souveraineté de Dieu sur toute la création et sa bonté universelle, qui ne se limite pas à ceux qui sont en alliance avec lui.

La grâce particulière, en revanche, est la grâce salvatrice que Dieu accorde à ses élus. Le Cri de l'Esprit « Abba, Père » (Romains 8.15) est un exemple majeur de Cri sous la grâce particulière. C'est une clameur que seuls peuvent pousser ceux qui ont été régénérés et adoptés en Christ. De même, le Cri de repentance qui conduit au salut (Actes 2.37) est une œuvre de la grâce particulière, car c'est l'Esprit qui convainc de péché et rend la foi possible. Ce type de Cri est le signe de l'œuvre rédemptrice de Dieu dans le cœur de la personne.

4.2 Le cri de lamentation et de repentance

Le Cri de lamentation est une expression authentique de douleur, de tristesse et d'angoisse face à la souffrance, à l'injustice ou à sa propre condition de pécheur. Les psaumes de lamentation en offrent de nombreux exemples, où le psalmiste crie vers Dieu au milieu de l'affliction (Psaume 13.2-3). Ce Cri est théologiquement significatif, car il reconnaît la souveraineté de Dieu jusque dans la douleur et cherche son intervention. Il manifeste une foi qui ose être honnête avec Dieu. Le Cri de repentance est un appel au pardon et à la restauration, comme le Cri de David au Psaume 51, qui reconnaît la profondeur de son péché et implore la miséricorde de Dieu. Ce Cri est la condition préalable de la restauration et le signe d'un cœur brisé et contrit.

4.3 Le cri de foi et de confiance

À l'opposé de la lamentation, il y a le Cri de foi et de confiance, par lequel le croyant crie vers Dieu avec la certitude qu'il entendra et répondra. « De ma voix je crie à l'Éternel, et il me répond de sa montagne sainte » (Psaume 3.5). Ce Cri n'est pas celui du désespoir, mais celui de la conviction de la fidélité et de la puissance de Dieu. C'est le Cri de celui qui, comme l'aveugle Bartimée, croit malgré tout que Jésus peut agir et qu'il agira (Marc 10.47-48). Ce type de Cri est une manifestation active de la foi, une attente confiante de la providence et des soins de Dieu.

4.4 Le cri d'avertissement prophétique et de justice

Le Cri prophétique est une clameur publique et audacieuse qui dénonce le péché et l'injustice et appelle à la repentance. Les prophètes de l'Ancien Testament élevaient souvent la voix comme un Cri contre l'idolâtrie, l'oppression des pauvres et la corruption morale (Ésaïe 58.1). Ce Cri est une manifestation de la voix de Dieu par ses messagers, qui exige la droiture et la justice. L'Église d'aujourd'hui est appelée à faire écho à ce Cri, en étant la voix des sans-voix et en réclamant la justice sociale et la droiture morale dans un monde déchu (Proverbes 31.8-9).

4.5 Le cri d'adoration et de célébration

Enfin, le Cri d'adoration et de célébration est une expression d'allégresse et de louange envers Dieu. « Poussez vers l'Éternel des cris de joie, vous tous, habitants de la terre ! Éclatez en chants joyeux et célébrez-le ! » (Psaume 100.1). Ce Cri est une manifestation exubérante de la joie dans le Seigneur, une reconnaissance publique de sa grandeur et de sa bonté. C'est un Cri de victoire et de gratitude, qui exalte Dieu au-dessus de toutes choses. L'adoration véritable ne se contente souvent pas de murmures, mais éclate en cris de louange et d'exultation.

4.6 Erreurs doctrinales à éviter

Il est essentiel d'éviter certaines erreurs doctrinales liées au Cri. Premièrement, le Cri n'est pas un moyen d'obtenir un mérite ou une faveur de Dieu. L'idée qu'une clameur plus forte ou plus émotive pourrait d'une manière ou d'une autre contraindre Dieu à agir (pélagianisme ou semi-pélagianisme) est contraire à la doctrine de la sola gratia. Le Cri doit être une réponse à la grâce, et non une tentative de la mériter. Deuxièmement, un Cri sans foi ni repentance véritables est vide et hypocrite, comme les Cris de ceux qui disent « Seigneur, Seigneur ! » mais ne font pas la volonté de Dieu (Matthieu 7.21). L'authenticité du Cri réside dans l'état du cœur. Enfin, le Cri ne doit pas servir à manipuler, ni Dieu ni les autres, mais doit émaner d'un esprit sincère et soumis à la volonté divine. La théologie réformée nous rappelle que l'efficacité du Cri ne tient pas à son intensité physique, mais à son origine spirituelle, suscitée par le Saint-Esprit dans un cœur transformé par la grâce.

5. Le cri et la vie pratique du croyant

Le Cri, dans ses diverses manifestations bibliques et théologiques, a des implications profondes pour la vie pratique du croyant et pour la mission de l'Église. Il façonne la piété personnelle, le culte communautaire, le service du prochain et la posture prophétique dans le monde. Une compréhension solide du Cri nous invite à une foi plus authentique, plus relationnelle et plus engagée.

5.1 Le cri dans la piété personnelle

Dans la vie de prière, le Cri est une expression d'intimité et de dépendance. Le croyant est invité à crier vers Dieu en toutes circonstances, que ce soit par la demande, la confession, l'intercession ou la louange (Philippiens 4.6). Ce Cri n'a pas besoin d'être audible, mais il doit être un cri du cœur, une communication authentique et sans réserve avec le Père. C'est la liberté d'exprimer à Dieu les profondeurs de l'âme, en sachant qu'il entend. Le Cri de lamentation, par exemple, offre au croyant un espace sûr pour répandre devant Dieu sa douleur, son doute et son angoisse, comme on le voit dans les Psaumes de David (Psaume 22.2-3). C'est reconnaître que la foi ne nie pas la douleur, mais l'apporte à Dieu. Le Cri de repentance est tout aussi vital, une supplication pour le pardon qui jaillit d'un cœur contrit et recherche la purification et la restauration que Dieu seul peut accorder (1 Jean 1.9). La vie de piété du croyant s'enrichit et s'approfondit lorsque le Cri devient une part intégrante de sa communication avec Dieu.

5.2 Le cri dans le culte et le service

Le culte communautaire est un lieu où le Cri d'allégresse et de louange est approprié et encouragé. Les Psaumes exhortent souvent le peuple de Dieu à « pousser des cris de joie » ou à « faire éclater son allégresse » devant le Seigneur (Psaume 95.1-2, Psaume 100.1). Ce Cri d'adoration est une expression exubérante de gratitude et d'exultation pour la grandeur de Dieu et son œuvre de salut en Christ. Ce n'est pas un formalisme, mais le débordement d'un cœur rempli d'amour et de respect. Il unit l'assemblée dans un témoignage commun rendu à la majesté de Dieu.

Dans le service et la mission, l'Église est appelée à être un Cri prophétique dans le monde. Comme les prophètes de l'Ancien Testament, l'Église doit élever la voix contre l'injustice, l'oppression et le péché (Ésaïe 58.1). Cela signifie non seulement prêcher l'Évangile avec hardiesse, mais aussi défendre les marginalisés, les pauvres et les opprimés. L'Église doit être le Cri des sans-voix, en écho au cœur de Dieu pour la justice et la droiture (Proverbes 31.8-9). Ce Cri de témoignage et de service est une démonstration concrète de l'amour du Christ et de l'effet transformateur de l'Évangile sur la société.

5.3 Implications pour l'Église d'aujourd'hui

L'Église d'aujourd'hui peut beaucoup apprendre de la théologie du Cri. Il faut encourager une culture de prière authentique et passionnée, où les croyants se sentent libres de crier vers Dieu avec toutes leurs émotions. Cela inclut la liberté de se lamenter, d'exprimer la douleur et le doute, sans avoir le sentiment que cela diminue la foi. En même temps, le culte doit être vivant et joyeux, permettant au peuple de Dieu d'exprimer sa louange avec enthousiasme et ferveur. Comme Charles Spurgeon l'exhortait souvent, la prière doit être fervente et la prédication, audacieuse. Le Cri de l'Esprit « Abba, Père » doit être une réalité vécue pour chaque croyant, nourrissant une profonde intimité avec Dieu.

De plus, l'Église ne peut se taire devant les iniquités du monde. Elle doit être une voix prophétique, un Cri contre l'injustice, la corruption et toutes les formes de péché qui déshonorent Dieu et oppriment l'humanité. Cela demande du courage et du discernement, mais fait partie intégrante de la mission du Christ dans le monde. L'Église doit être un phare d'espérance et un agent de transformation, manifestant le royaume de Dieu par un Cri clair et sans équivoque.

5.4 Équilibre entre doctrine et pratique

Il est fondamental de maintenir l'équilibre entre la doctrine du Cri et son application pratique. L'authenticité du Cri ne réside pas dans sa simple intensité physique ou dans son volume, mais dans la vérité doctrinale qui le soutient et dans la sincérité du cœur qui l'exprime. Le Cri de la foi est un don de la grâce, suscité par l'Esprit, et non un effort humain pour manipuler Dieu. Comme l'enseignait Martin Luther, la vraie foi est un cri audacieux vers Dieu, mais un cri qui s'appuie exclusivement sur la promesse du Christ et non sur sa propre capacité à crier.

En définitive, le Cri dans la vie du croyant est un puissant témoignage de la réalité de la foi. Qu'il s'agisse du Cri de repentance qui ouvre le chemin du salut, du Cri « Abba, Père » qui scelle l'adoption, du Cri de lamentation qui exprime la vulnérabilité humaine ou du Cri de louange qui célèbre la souveraineté de Dieu, chacune de ces manifestations est une fenêtre sur l'âme et un canal de la grâce divine. Que l'Église du Christ continue d'être un peuple qui crie, dans ses besoins comme dans ses célébrations, et que son Cri résonne de la vérité de l'Évangile et de la puissance du Saint-Esprit, pour la gloire de Dieu.