Ararat

Ararat est le nom de la région montagneuse où l'arche de Noé s'arrêta lorsque les eaux du déluge commencèrent à baisser. La Genèse ne dit pas que l'arche se posa sur un sommet unique appelé Ararat, mais « sur les montagnes d'Ararat » (Gn 8.4), c'est-à-dire quelque part dans les hautes terres d'un pays portant ce nom.

En dehors du récit du déluge, Ararat apparaît encore trois fois dans l'Ancien Testament, toujours comme un pays : la terre où s'enfuirent les fils du roi assyrien Sanchérib après avoir assassiné leur père (2 R 19.37 ; Es 37.38), et l'un des royaumes du nord convoqués contre Babylone (Jr 51.27). Pour les auteurs bibliques, Ararat était donc une nation réelle au nord de la Mésopotamie, connue dans les sources assyriennes sous le nom d'Urartu.

Ce nom relie deux histoires : celle du jugement et du nouveau départ aux jours de Noé, et celle du règne de Dieu sur les empires du Proche-Orient ancien. Dans les deux, les montagnes d'Ararat marquent les confins du monde connu, là où Dieu montre que c'est lui qui gouverne l'histoire.

1. Étymologie et signification

Le nom hébreu est ’Ărārāṭ (אֲרָרָט). Ses consonnes correspondent au royaume que les inscriptions assyriennes appellent Urarṭu. Les voyelles massorétiques ont été ajoutées des siècles après la rédaction, et le grand rouleau d'Ésaïe de Qumrân écrit le nom en Es 37.38 avec une lettre vocalique supplémentaire, ce qui appuie une prononciation proche de « Urartu ». Les Urartéens eux-mêmes appelaient leur pays Biainili. L'origine et le sens du nom Urartu restent incertains ; ce n'est pas un mot hébreu descriptif, et les sens proposés, comme « haut pays », relèvent de la spéculation.

Les traductions anciennes ont compris le nom de façon géographique. La Septante garde « Ararat » en Gn 8.4, mais rend Es 37.38 par « Arménie », et la Vulgate latine parle des « montagnes d'Arménie » dans la Genèse. La King James anglaise a suivi cette tradition en 2 R 19.37 et Es 37.38 (« pays d'Arménie »), tandis que les versions modernes gardent généralement Ararat.

2. Contexte historique et usage biblique

Le royaume d'Urartu

L'Urartu fut un royaume puissant du haut plateau arménien, centré sur le lac de Van, dans l'est de la Turquie actuelle, et s'étendant jusqu'à l'Arménie d'aujourd'hui et au nord-ouest de l'Iran. Il prospéra environ du IXe au début du VIe siècle av. J.-C., avec pour capitale Tushpa, au bord du lac de Van. Les rois assyriens le combattirent à maintes reprises ; Sargon II se glorifia d'une grande campagne contre l'Urartu en 714 av. J.-C. Sa fin est mal documentée, mais au début du VIe siècle il semble être passé sous domination mède. Cela concorde avec Jr 51.27-28, où Ararat apparaît avec Minni et Aschkenaz parmi les peuples du nord rassemblés avec les rois des Mèdes.

Les montagnes d'Ararat et le déluge

Selon Gn 8.4, l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat le dix-septième jour du septième mois. Les eaux continuèrent à diminuer jusqu'à ce que, le premier jour du dixième mois, apparussent les sommets des montagnes (Gn 8.5). Noé lâcha alors un corbeau et une colombe (Gn 8.6-12), et la terre fut sèche le vingt-septième jour du deuxième mois (Gn 8.14). Comme le texte emploie le pluriel « montagnes » et nomme une région, il n'identifie pas précisément le lieu où l'arche se posa.

Le sommet aujourd'hui appelé mont Ararat (en turc Ağrı Dağı, environ 5 137 mètres) a reçu ce nom au cours des siècles suivants et n'est pas nécessairement le lieu que vise la Genèse. D'autres traditions ont situé l'arrêt de l'arche ailleurs. Flavius Josèphe cite le prêtre babylonien Bérose, qui parlait de restes du vaisseau dans les montagnes des Gordyéens, au Kurdistan, et rapporte que les Arméniens montraient des vestiges de l'arche (Antiquités 1.3.5-6). La tradition chrétienne syriaque et le Coran désignent le mont Judi (Cudi Dağ), au sud du lac de Van. Des expéditions modernes ont prétendu trouver du bois ou des formations en forme de navire, mais aucune n'a apporté de preuve reconnue comme vérifiée. La conclusion honnête est que l'Écriture désigne une région, non un sommet précis, et que le lieu exact demeure inconnu.

Ararat, terre de refuge

En 2 R 19.37 et Es 37.38, après que l'Éternel eut délivré Jérusalem de l'armée assyrienne aux jours d'Ézéchias, Sanchérib retourna à Ninive. Tandis qu'il se prosternait dans la maison de Nisroc, son dieu, ses fils Adrammélec et Scharetser le frappèrent de l'épée et s'enfuirent au pays d'Ararat, et Ésar-Haddon, son fils, régna à sa place. Les sources assyriennes confirment que Sanchérib fut assassiné (681 av. J.-C.) et qu'Ésar-Haddon lui succéda. L'Urartu, rival de l'Assyrie au-delà de sa frontière nord, était un refuge naturel pour des princes fugitifs.

3. Principaux passages

Gn 8.1-5. Le tournant du récit du déluge commence par ces mots : « Dieu se souvint de Noé » (Gn 8.1). L'arche qui s'arrête sur les montagnes d'Ararat est le premier signe visible que le jugement a atteint sa limite. L'hébreu contient un jeu de mots : le verbe « s'arrêta » (wattānaḥ, de nûaḥ, se reposer) fait écho au nom de Noé (Nōaḥ), dont le père espérait un soulagement de la peine sur le sol maudit (Gn 5.29).

Gn 8.15-9.17. Depuis les montagnes d'Ararat, Noé sort de l'arche, bâtit un autel et offre des holocaustes, et Dieu établit son alliance de ne plus jamais détruire la terre par un déluge, donnant l'arc dans la nuée pour signe (Gn 9.11-13). Ararat devient le théâtre d'un nouveau départ pour l'humanité.

2 R 19.35-37 (parallèle Es 37.36-38). La fuite des fils de Sanchérib vers Ararat clôt le récit de la défaite assyrienne devant Jérusalem. Le roi qui avait outragé le Saint d'Israël (2 R 19.22) meurt dans le temple de son propre dieu, comme le prophète avait annoncé qu'il tomberait par l'épée dans son pays (2 R 19.7).

Jr 51.27-29. Dans l'oracle contre Babylone, l'Éternel appelle à la guerre les royaumes d'Ararat, de Minni et d'Aschkenaz. Les nations du nord deviennent les instruments de son jugement sur l'empire qui avait détruit Jérusalem, car les desseins de l'Éternel contre Babylone s'accomplissent.

4. Signification théologique

Les montagnes d'Ararat témoignent d'abord de la fidélité de Dieu. Le déluge fut un jugement réel sur la violence et la corruption humaines (Gn 6.11-13), mais il ne fut pas le dernier mot de Dieu. L'arche qui s'arrête montre que le même Dieu qui juge est aussi celui qui préserve, et qu'il se souvient de ceux qui se trouvent dans le refuge qu'il a lui-même préparé.

Ararat marque aussi le commencement de l'alliance avec Noé, l'engagement de Dieu à maintenir l'ordre créé tant que la terre subsistera (Gn 8.22). Le Nouveau Testament se sert du déluge comme image du jugement dernier (Mt 24.37-39 ; 2 P 3.5-7) et du salut en Christ : Pierre dit que huit personnes furent sauvées à travers l'eau, et que le baptême y correspond, par la résurrection de Jésus-Christ (1 P 3.20-21). Ce n'est pas la montagne qui sauve l'arche, mais Dieu ; la montagne est seulement le lieu où la délivrance de Dieu devient visible.

Les trois mentions historiques d'Ararat rappellent que les nations du lointain nord étaient elles aussi dans la main du Seigneur. Refuge pour des meurtriers ou royaume appelé contre Babylone, Ararat montre qu'aucun empire, ni l'Assyrie ni Babylone, ne gouverne l'histoire ; c'est le Dieu d'Israël qui la gouverne (Es 37.26 ; Jr 51.29).

5. Héritage et références canoniques

Ararat n'est nommé que quatre fois dans la Bible (Gn 8.4 ; 2 R 19.37 ; Es 37.38 ; Jr 51.27), mais le récit du déluge qu'il ancre résonne dans toute l'Écriture. Noé est rappelé comme un juste (Ez 14.14), un prédicateur de la justice (2 P 2.5) et un modèle de foi qui, saisi d'une crainte respectueuse, construisit l'arche (Hé 11.7). Ésaïe rappelle le serment de Dieu aux jours de Noé comme gage de son amour fidèle pour son peuple (Es 54.9-10).

Plus tard, le nom fut attaché au grand sommet volcanique de l'Anatolie orientale, devenu symbole national des Arméniens, dont l'Église se compte parmi les plus anciennes communautés chrétiennes. Même si le lieu exact où l'arche se posa reste inconnu, le nom biblique continue d'orienter le lecteur vers ce que le texte veut nous faire retenir : le jugement et la miséricorde de Dieu aux jours de Noé.

6. Application pour aujourd'hui

Le texte ne mentionne ni gouvernail ni voile sur l'arche. Noé attendit, et Dieu fit reposer le vaisseau en son temps. Beaucoup de croyants traversent des saisons qui ressemblent à des eaux sans rivage en vue. La Genèse enseigne que Dieu se souvient de son peuple dans la tempête, et que son temps, même lorsqu'il paraît lent, n'est jamais de l'oubli.

La première chose que fit Noé sur la terre renouvelée fut de bâtir un autel (Gn 8.20). Chaque délivrance est une invitation à l'adoration avant de nous précipiter vers la tâche suivante. Et comme l'arche fut le seul refuge aux jours de Noé, le Nouveau Testament nous oriente vers Christ, qui a souffert une fois pour les péchés afin de nous amener à Dieu (1 P 3.18), comme celui en qui nous sommes à l'abri du jugement à venir. Les montagnes d'Ararat nous invitent à faire confiance au Dieu qui juge avec justice, sauve par grâce et tient ses promesses de génération en génération.