Le chapitre 28 de Matthieu 28 est le sommet de l'Évangile : la résurrection de Jésus-Christ. Il s'ouvre sur le matin de Pâques, où les femmes découvrent le tombeau vide et un ange leur annonce la nouvelle. Jésus ressuscité apparaît aux femmes, puis aux onze disciples en Galilée. Le chapitre culmine avec la Grande Mission, où Jésus envoie ses disciples faire des disciples de toutes les nations, promettant sa présence éternelle. Ce récit transforme la défaite apparente de la croix en victoire définitive et fonde la mission de l'Église.
Contexte historique
Matthieu écrit pour une communauté judéo-chrétienne, probablement dans les années 60-80 après J.-C., en Syrie ou en Palestine. Le récit de la résurrection répond à des accusations juives contemporaines selon lesquelles les disciples auraient volé le corps (Mt 28:11-15). Le tombeau taillé dans le roc, scellé d'une pierre et gardé par des soldats romains, était une réalité historique vérifiable. La Galilée, où Jésus donne rendez-vous à ses disciples, est significative : c'est là que son ministère a commencé, et c'est de là que la mission mondiale doit partir. L'ange qui roule la pierre évoque les théophanies de l'Ancien Testament, comme le rocher roulé devant le tombeau de Daniel (Dn 6:17). La résurrection n'est pas un événement privé, mais public, attesté par des témoins oculaires et des gardes romains.
Verset par verset
- 1:
Le premier jour de la semaine, après le sabbat, Marie de Magdala et l'autre Marie se rendent au tombeau. Matthieu souligne la fidélité des femmes, présentes à la croix (Mt 27:55-56) et maintenant au tombeau. Leur venue à l'aube symbolise la nouvelle création qui commence avec la résurrection.
- 2:
Un grand tremblement de terre accompagne la descente de l'ange du Seigneur, qui roule la pierre et s'assied dessus. Ce langage apocalyptique (comme en Mt 27:51) montre que la résurrection est un acte divin de jugement et de salut. L'ange assis sur la pierre signifie que la mort est vaincue et que le tombeau est désormais vide.
- 5:
L'ange rassure les femmes : « Ne craignez pas ». La peur est la première réaction humaine devant le surnaturel. Il annonce que Jésus, le crucifié, est ressuscité. Le titre « le crucifié » ancre la résurrection dans la réalité de la souffrance : ce n'est pas un autre Jésus, mais celui qui est mort pour les péchés.
- 6:
« Il n'est point ici ; il est ressuscité, comme il l'avait dit. » L'ange renvoie aux prédictions de Jésus (Mt 16:21 ; 17:23 ; 20:19). La résurrection n'est pas un accident de l'histoire, mais l'accomplissement de la Parole de Dieu. L'invitation à « voir le lieu où il était couché » est une preuve tangible : le tombeau est vide.
- 7:
Les femmes sont envoyées comme les premières messagères de la résurrection. L'ordre de se rendre en Galilée rappelle que le ministère de Jésus continue, non à Jérusalem (lieu de la mort), mais en Galilée (lieu de la mission). La promesse « vous le verrez là » anticipe l'apparition aux disciples.
- 9:
Jésus lui-même apparaît aux femmes et les salue : « Je vous salue » (grec chairō, « réjouissez-vous »). Ce mot transforme leur peur en joie. Elles adorent Jésus (grec proskuneō), un acte de culte réservé à Dieu, affirmant sa divinité. La résurrection suscite l'adoration.
- 10:
Jésus répète l'ordre de l'ange : « Allez dire à mes frères de se rendre en Galilée. » Le terme « frères » est remarquable : après leur fuite et leur reniement, les disciples sont restaurés comme famille de Jésus. La grâce de la résurrection précède leur repentance.
- 11:
Les gardes rapportent les événements aux chefs des prêtres. Matthieu révèle la conspiration : les autorités religieuses paient les soldats pour dire que les disciples ont volé le corps. Ce détail apologétique répond aux rumeurs qui circulaient dans les cercles juifs du premier siècle.
- 16:
Les onze disciples se rendent en Galilée, sur la montagne que Jésus avait désignée. La montagne évoque le lieu de l'enseignement (Mt 5:1) et de la transfiguration (Mt 17:1). C'est le lieu de la révélation et de l'autorité.
- 17:
Quand ils voient Jésus, ils l'adorent, mais quelques-uns doutent. Matthieu est honnête : la foi pascale n'est pas une certitude sans faille. Le doute coexiste avec l'adoration. Jésus n'en est pas offensé ; il répond par la mission, non par le reproche.
- 18:
Jésus déclare : « Toute autorité m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. » C'est le fondement de la mission. Le verbe au passif (« a été donnée ») indique que cette autorité vient du Père. Jésus, le Fils ressuscité, règne sur toute la création (Ph 2:9-11).
- 19:
La Grande Mission : « Allez, faites de toutes les nations des disciples. » Le participe « allant » (grec poreuthentes) suppose un mouvement constant. « Faire des disciples » (grec mathēteuō) inclut le baptême et l'enseignement. Le baptême au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit est la formule trinitaire qui résume la foi chrétienne.
- 20:
Jésus ordonne d'enseigner l'obéissance à tout ce qu'il a commandé. La mission n'est pas seulement l'évangélisation, mais la formation de disciples qui vivent selon ses paroles. La promesse finale : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. » C'est l'Emmanuel (Dieu avec nous) de Mt 1:23, maintenant étendu à tous les temps et tous les lieux.
Thèmes clés
- Résurrection et victoire sur la mort
- Grande Mission et autorité du Christ
- Fidélité des femmes comme témoins
- Doute et adoration des disciples
- Présence continue de Jésus avec son Église
Application
La résurrection n'est pas une simple information à croire, mais une réalité qui transforme toute notre existence. Si Jésus est vraiment ressuscité, alors la mort n'a pas le dernier mot, et notre vie a un sens éternel. Le tombeau vide nous libère de la peur de la mort et nous donne l'assurance que nos souffrances ne sont pas vaines. Comme les femmes, nous sommes envoyés pour annoncer cette bonne nouvelle, non pas à partir de notre force, mais de la présence de Jésus qui nous accompagne. La Grande Mission n'est pas un fardeau, mais une invitation à participer à l'œuvre de Dieu. Le doute des disciples nous rassure : la foi n'est pas l'absence de questions, mais la confiance en Celui qui tient toutes choses. Chaque jour, nous pouvons vivre dans la joie de Pâques, sachant que le Ressuscité est avec nous jusqu'à la fin.
Questions fréquentes
Pourquoi les femmes sont-elles les premiers témoins de la résurrection ?
Dans la culture juive du premier siècle, le témoignage des femmes était considéré comme moins fiable que celui des hommes. Si Matthieu avait inventé l'histoire, il aurait choisi des témoins masculins. Le fait que les femmes soient les premières au tombeau et les premières à voir Jésus ressuscité est un signe de l'authenticité du récit. Jésus élève celles qui étaient marginalisées et en fait les premières annonciatrices de la victoire sur la mort.
Que signifie la Grande Mission de Matthieu 28:19-20 ?
La Grande Mission est l'ordre de Jésus à ses disciples de faire des disciples de toutes les nations. Cela inclut trois actions : aller, baptiser au nom de la Trinité, et enseigner l'obéissance à tout ce que Jésus a commandé. Cette mission n'est pas une option, mais le mandat de l'Église jusqu'au retour du Christ. Elle repose sur l'autorité universelle de Jésus et sa promesse de présence constante.
Pourquoi certains disciples doutent-ils en voyant Jésus ressuscité ?
Matthieu 28:17 note que quelques disciples doutent même en voyant Jésus. Ce détail montre l'honnêteté des Écritures : la foi pascale n'est pas une certitude aveugle, mais une confiance qui grandit malgré les questions. Le doute n'empêche pas la mission ; Jésus envoie ses disciples avec leurs doutes. Cela nous encourage à apporter nos incertitudes au Christ, qui ne les rejette pas.
Quelle est la signification de la Galilée dans Matthieu 28 ?
La Galilée est le lieu où Jésus a commencé son ministère public (Mt 4:12-17). En donnant rendez-vous à ses disciples en Galilée, Jésus indique que la mission mondiale commence là où tout a commencé. La Galilée était aussi une région méprisée par les élites de Jérusalem, ce qui souligne que l'Évangile s'adresse à tous, même aux marginaux. La résurrection nous ramène à notre vocation première : suivre Jésus et annoncer son royaume.
Comment Matthieu 28 répond-il aux accusations de vol du corps ?
Matthieu 28:11-15 rapporte que les chefs des prêtres paient les gardes pour dire que les disciples ont volé le corps pendant leur sommeil. Matthieu expose cette rumeur comme une conspiration, non comme un fait. Si les gardes dormaient, comment pouvaient-ils savoir ce qui s'était passé ? Le récit de Matthieu, avec le tombeau vide, les apparitions de Jésus et la transformation des disciples, offre une base solide pour croire en la résurrection.
Quelle est la promesse de Jésus à la fin de Matthieu 28 ?
Jésus promet : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde » (Mt 28:20). Cette promesse fait écho à son nom Emmanuel, « Dieu avec nous » (Mt 1:23). Elle assure aux disciples que la mission ne se fait pas seuls : le Ressuscité est présent par son Esprit dans l'Église jusqu'à son retour. C'est une promesse de réconfort, de puissance et de fidélité pour tous les temps.