Marc 15 raconte la passion de Jésus depuis sa comparution devant Pilate jusqu’à sa mise au tombeau. Le chapitre déploie une tension dramatique entre l’innocence du Fils de Dieu et la violence des hommes. Pilate, conscient de l’injustice, cède à la foule ; Barabbas est libéré, Jésus crucifié. Les moqueries, les ténèbres, le cri d’abandon et le déchirement du voile du Temple scandent une mort qui, loin d’être une défaite, accomplit le dessein de Dieu. Le centurion païen confesse : « Cet homme était vraiment Fils de Dieu. » Le récit s’achève sur Joseph d’Arimathée qui ensevelit Jésus, préparant ainsi la résurrection.
Contexte historique
Marc écrit probablement à Rome dans les années 60-70 de notre ère, pour une communauté chrétienne persécutée sous Néron. Le chapitre 15 s’inscrit dans la tradition synoptique, mais Marc insiste sur l’abandon et la souffrance du Messie. La comparution devant Pilate reflète la procédure romaine : le gouverneur avait le pouvoir de confirmer une sentence de mort (Jn 19:10). La libération d’un prisonnier à la fête (Mc 15:6) est attestée par des sources juives et romaines, bien que son caractère exact soit débattu. Les ténèbres de midi à trois heures (v. 33) évoquent le jugement divin (Am 8:9) et la mort du roi juste. Le voile déchiré (v. 38) ouvre l’accès au sanctuaire, signifiant la fin du système sacrificiel ancien. Joseph d’Arimathée, membre du Sanhédrin (Mc 15:43), agit avec courage en réclamant le corps, accomplissant ainsi la prophétie d’Ésaïe 53:9 sur la sépulture du Serviteur souffrant.
Verset par verset
- 1:
Dès le matin, les chefs religieux lient Jésus et le livrent à Pilate. Le verbe « livrer » (grec paradidômi) est un leitmotiv chez Marc : Judas (14:44), le Sanhédrin (15:1), et finalement Pilate (15:15). Jésus est totalement passif, accomplissant la volonté du Père.
- 2:
Pilate interroge : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répond : « Tu le dis. » Cette réponse n’est ni une affirmation directe ni un déni ; elle renvoie la question à Pilate. Marc souligne ainsi que la royauté de Jésus est d’un autre ordre, incompréhensible pour le pouvoir romain.
- 6:
La coutume de libérer un prisonnier à la fête est introduite. Marc ne précise pas son origine, mais elle sert de contraste dramatique : Barabbas, un rebelle violent, est préféré au Prince de la paix. Le peuple choisit la violence plutôt que la grâce.
- 15:
Pilate, pour contenter la foule, libère Barabbas et livre Jésus à la flagellation et à la crucifixion. Le verbe « contenter » (grec hikanos poiein) révèle la lâcheté politique. La flagellation romaine était une torture brutale, souvent mortelle.
- 22:
Ils conduisent Jésus au Golgotha, « lieu du Crâne ». Le nom araméen évoque la forme de la colline ou les crânes des exécutés. Marc insiste sur la réalité physique et humiliante de la crucifixion : Jésus est dépouillé, cloué, exposé.
- 24:
Les soldats partagent ses vêtements en tirant au sort, accomplissant le Psaume 22:18. Marc montre que même dans l’exécution, l’Écriture s’accomplit. Jésus meurt sous le regard moqueur des passants, des chefs et des brigands (v. 29-32).
- 33:
À la sixième heure (midi), les ténèbres couvrent toute la terre jusqu’à la neuvième heure (15h). Ce n’est pas une éclipse (la Pâque a lieu à pleine lune), mais un signe apocalyptique : le jugement de Dieu sur le péché et l’abandon du Fils. L’obscurité rappelle les plaies d’Égypte (Ex 10:22) et les prophètes (Am 8:9).
- 34:
Jésus crie en araméen : Eloï, Eloï, lama sabachthani ? « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » C’est le seul cri de Jésus sur la croix chez Marc. Il cite le Psaume 22:2, exprimant une détresse réelle et une identification totale avec le pécheur abandonné. Certains entendent une prière à Élie (v. 35), ironie tragique.
- 37:
Jésus pousse un grand cri et expire. Marc n’enregistre pas de paroles de triomphe (« Tout est accompli » en Jn 19:30). Le cri est celui de l’agonie, mais aussi de la victoire : il remet son esprit entre les mains du Père (Lc 23:46).
- 38:
Le voile du Temple se déchire en deux, de haut en bas. Ce voile séparait le lieu saint du lieu très saint. Sa déchirure signifie que l’accès à Dieu est désormais ouvert par la mort de Jésus (Hé 10:19-20). Le geste vient du ciel (« de haut en bas »), non des hommes.
- 39:
Le centurion romain, témoin de la mort, confesse : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu. » Marc utilise ici le titre christologique central (Mc 1:1). Un païen, au pied de la croix, reconnaît ce que les disciples n’ont pas encore pleinement saisi.
- 42:
Joseph d’Arimathée, membre du Sanhédrin et attendant le royaume de Dieu, réclame le corps de Jésus. Son courage contraste avec la fuite des disciples. Il enveloppe Jésus dans un linceul et le dépose dans un tombeau taillé dans le roc. La pierre roulée scelle provisoirement l’histoire.
Thèmes clés
- Le roi souffrant
- L’abandon et la foi
- Le jugement et la grâce
- L’ouverture de l’accès à Dieu
- La confession du centurion
Application
Marc 15 nous confronte à la réalité brutale de la croix. Jésus n’est pas un héros qui meurt avec dignité ; il est le Serviteur souffrant qui crie son abandon. Pourtant, c’est dans cette faiblesse que la puissance de Dieu se révèle. Le voile déchiré nous invite à entrer librement dans la présence de Dieu, non par nos œuvres, mais par la mort du Fils. La confession du centurion nous rappelle que la croix est le lieu où les barrières tombent : Juifs et païens, religieux et impies, tous sont invités à reconnaître Jésus comme Seigneur. Aujourd’hui, nous pouvons approcher le trône de la grâce avec assurance, non parce que nous sommes dignes, mais parce que Christ a tout accompli.
Questions fréquentes
Pourquoi Jésus a-t-il crié « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
Ce cri (Mc 15:34) cite le Psaume 22:2. Il exprime la détresse réelle de Jésus qui porte le péché du monde et expérimente la séparation d’avec le Père. Ce n’est pas un doute sur sa divinité, mais l’accomplissement de son identification avec les pécheurs. En même temps, le psaume se termine par la confiance et la délivrance, annonçant la résurrection.
Que signifie le déchirement du voile du Temple ?
Le voile déchiré (Mc 15:38) symbolise la fin de la séparation entre Dieu et l’homme. Dans le Temple, seul le grand prêtre entrait dans le lieu très saint une fois par an. La mort de Jésus ouvre un accès direct à Dieu pour tous les croyants (Hé 10:19-22). Le déchirement « de haut en bas » montre que Dieu lui-même a agi.
Qui était Barabbas et pourquoi a-t-il été libéré ?
Barabbas était un prisonnier impliqué dans une révolte contre Rome (Mc 15:7). Pilate offrait de libérer un prisonnier à la fête, espérant que la foule choisirait Jésus. Mais les chefs religieux incitèrent le peuple à réclamer Barabbas. Ironiquement, Barabbas signifie « fils du père » en araméen : le vrai Fils du Père prend la place du pécheur.
Pourquoi les ténèbres sont-elles tombées à midi ?
Les ténèbres de la sixième à la neuvième heure (Mc 15:33) sont un signe surnaturel du jugement divin. Elles rappellent les prophéties d’Amos 8:9 et les plaies d’Égypte. Ce n’est pas une éclipse (la Pâque a lieu à pleine lune). Elles soulignent la gravité du péché porté par Christ et l’abandon qu’il endure.
Quel est le sens de la confession du centurion ?
Pourquoi Joseph d’Arimathée a-t-il enterré Jésus ?
Joseph d’Arimathée, membre du Sanhédrin, était un disciple secret de Jésus (Mc 15:43). Il réclame courageusement le corps pour lui donner une sépulture honorable, accomplissant la prophétie d’Ésaïe 53:9. Son geste prépare la résurrection : le tombeau vide sera le signe que Jésus a vaincu la mort.